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Elles ne pensent qu’à ça !
Publié en ligne le jeudi 1er octobre 2009
 

Si l’on veut bien faire abstraction de sa période de reproduction, notre belle fario rythme sa vie de manière relativement simple : Son existence se décompose en une succession de phases d’alimentation et de repos. Très opportuniste quant au choix de ses repas, elle se nourrit quasiment en permanence pour ne s’abandonner, qu’une fois repue, à une léthargie digestive plus ou moins longue. Essayer de comprendre d’avantage les mécanismes qui régissent son activité alimentaire et conditionnent son comportement face à la nourriture sont, sans nul doute, fort instructif pour mieux la connaître ... mais aussi pour mieux la pêcher.

Texte Christophe BOUET

Photos Mickaël MEUNIER et Christophe BOUET

 

Tous les pêcheurs le savent bien et ne me contrediront probablement pas en lisant ces lignes si je prends la liberté d’écrire et d’affirmer que c’est uniquement en connaissant parfaitement son adversaire - je préfère ce terme à celui de victime - que l’on a les plus grandes chances de réussir sa partie de pêche. Pouvoir anticiper ses réactions et comprendre son analyse et sa logique nutritionnelle sont bien sûr des facteurs déterminant pour sa pêche, mais cela va également dans le sens d’un esprit que j’aimerais faire partager avec un grand nombre de pêcheurs : Le respect du poisson. En effet, tenter de comprendre et de connaître c’est déjà commencer à respecter un autre être vivant, même s’il est généralement petit, visqueux et vit dans un milieu horriblement froid.

Des phases d’activité distinctes mais complémentaires

La vie de notre belle mouchetée ne sera donc qu’alternance successive et très inégale de périodes d’alimentation et de périodes de repos. Ces périodes vont être liées bien sûr à la sensation de faim que va ressentir la truite mais aussi de ses besoins caloriques et énergétiques. Les périodes de sensation de faim vont être plus ou moins rapprochées en fonction de la vitesse de digestion et d’assimilation des aliments, qui représenteront les périodes de repos. Comme je l’avais déjà évoqué dans un précédent numéro de Truite mag au sujet de la croissance de la truite, les poissons sont des animaux à sang froid, et, la température de leurs corps variant avec celle de l’eau, la vitesse d’assimilation de la nourriture sera directement dépendante de celle-ci. Si la température du milieu est faible elle sera alors ralentie. Au contraire, elle deviendra très rapide lorsque la température sera proche de l’idéal pour la reine des eaux vives : Température qui s’approche de 13°C pour Salmo Trutta Fario. Donc, quand le métabolisme d’assimilation fonctionne à son plein rendement, les phases d’alimentation sont très nombreuses et les phases de repos, c’est à dire de digestion, courtes et normalement moins fréquentes.

Une analyse sans équivoque

C’est dans son système d’analyse de la nourriture et du danger que la truite va marquer la plus grande différence de comportement par rapport à nous. A ce sujet, je suis d’ailleurs affligé de constater que certains pêcheurs- journalistes, pourtant sérieux, n’hésitent pas à écrire régulièrement dans des articles halieutiques des inepties du genre : "La prise d’une truite à la mouche découle à 80% d’une bonne présentation et à 20% de la mouche artificielle employée". Si je cite volontairement cet exemple concernant la pêche à la mouche c’est que je l’ai lu très récemment, mais cette stupidité habituelle se retrouve écrite quel que soit le type de pêche pratiqué. Est-ce vraiment raisonnable d’écrire de telles choses ? La présentation ne compte évidemment pas pour 80, 70 ou 50% : Elle est bonne ou elle ne l’est pas ! C’est tout ! Si elle est bonne elle compte bien sûr à 100% car de toutes les façons, si elle ne l’était pas, la truite n’aurait certainement pas pris. Dame Fario ne fonctionne pas en effet tout à fait comme nous nous pourrions le faire, car son système d’analyse et de décision est purement binaire : C’est oui ou non ! Les informations qu’elle reçoit ne sont pas soumises, comme les nôtres, à d’autres éléments décisionnels extérieurs : Le "peut-être" n’existe pas. Soit l’information est positive et l’engage à engamer sa proie, soit elle est négative et l’incite à stopper son action, voir même à s’enfuir pour les individus les plus sages. C’est pour cette bonne raison que, même si la faim est un facteur nécessaire à l’activité alimentaire, cela n’est pas suffisant. Il faut que miss Fario se sente en sécurité et que le déplacement en mérite la peine.

Opportuniste mais toujours méfiante

A chaque fois que la truite va entrer dans une période de nutrition, elle va prendre des risques très importants en sortant de son repaire. Ses prédateurs sauront alors en profiter ... et nous, pêcheurs, en premier lieu. C’est pour cela qu’il faut que soit réunis des conditions extérieures relativement favorables pour que débute cette activité. Les crues en sont un bon exemple : une abondance de nourriture engendrée par une augmentation de l’ensemble des organismes emportés par le courant sont des proies faciles qu’il ne faut pas manquer. C’est l’occasion de faire le plein de calories rapidement et facilement puisqu’il n’y a plus qu’à ouvrir la bouche pour se nourrir. Une fois l’estomac remplit, elle retourne se réfugier dans sa cache, où tout danger est écarté. L’autre avantage de la crue est la teinte brunâtre que prend la rivière soumise à la montée brutale des eaux. La truite, moins visible sera alors en confiance et sortira beaucoup plus facilement : elle va être à ce moment moins vulnérable face à ses prédateurs. Les autres périodes favorables à son activité alimentaire sont le crépuscule et l’aube. Comme pour la coloration de l’eau lors des crues, la pénombre rassurera dame fario et elle n’hésitera pas à prendre part activement à son alimentation se sentant en sécurité. En outre, ce qui peut faire sortir les poissons d’une façon tout à fait exceptionnelle et spectaculaire, est une éclosion massive d’insectes à la surface de l’eau. Une portion entière de la rivière peut se mettre littéralement à bouillonner en quelques minutes par ce phénomène et rendre ainsi les truites folles face à cette nourriture providentielle qui arrive en abondance.

Néanmoins, toutes les éclosions ne produisent pas forcément toujours beaucoup de nymphes, subimagos ou imagos, et la rivière ne s’emplit que de façon variable de ces proies très vulnérables. à ces questions. Pourtant, lors d’éclosion tout à fait significative, il arrive parfois qu’aucun poisson ne soit en activité. Je n’en ai toujours pas trouvé l’explication, que se soit auprès d’hydrobiologistes, d’ichtyologues ou des truites elles-mêmes, qui sont restées complètement muettes à ce sujet !. N’auraient-elles tout simplement plus faim à cause d’une éclosion précédente d’insectes dont elles se seraient gavées ? La qualité physico-chimique de la rivière, à ce moment donné, ne correspondrait-elle pas à une période favorable à la nutrition ? Tout reste à vérifier et à démontrer pour avoir, peut être un jour, une réponse

Son régime alimentaire lui impose des sorties fréquentes

Comme on le comprend, les phases d’activité nutritionnelle seront donc d’autant plus courtes que la quantité de nourriture disponible est abondante et riche. C’est pourquoi dans les grandes rivières de plaine, possédant un fort potentiel nutritif ou lors d’intense dérive d’organismes, les périodes de nutrition seront de courte durée. A l’inverse, dans les rivières moins favorables à une faune aquatique nourricière abondante, la truite aura une phase active beaucoup plus longue pour obtenir sa ration alimentaire. Composé dans la presque totalité par des insectes ou des larves d’insectes, son régime alimentaire est certes riche mais l’apport calorique fournit par une larve est tel qu’il oblige la truite à en consommer une grande quantité. En conséquence, la durée de l’activité alimentaire sera aussi dépendante du volume des proies ingérées : les vers de berge entraînés par une crue sont bien plus conséquents et remplissent bien plus vite un estomac que des petites éphémères ou des phryganes (même avec leurs étuis !). De ce fait les phases actives vont être rapides lors de l’ingestion de grosses proies et beaucoup plus longues pour de minuscules moucherons.

Comprendre son rythme de vie

Dans leur souci alimentaire permanent, nos chères Fario ne dérogent pas à la règle d’un système hiérarchique basé sur la force. Comme pour pratiquement chaque espèce animale, et bien évidemment chez les poissons, les plus gros sont souvent les plus forts et font donc la loi. C’est alors tout naturellement que la truite dominante occupera, lors de ses périodes actives, le meilleur et donc le plus rentable des postes de chasse de la zone. Cependant, et il est intéressant de le souligner, un bon poste peut être occupé toute une journée par le biais du partage hiérarchique. En effet, nos belles sauvages se partagent les postes de chasse, et s’alimentent à tours de rôle, successivement, à différentes périodes de la journée. Un poisson se nourrissant activement peut très bien stopper son repas pour le reprendre que quelques temps plus tard, laissant ainsi un poste vacant qui sera immédiatement récupéré par une autre truite. Les farios les plus âgées, donc les plus grosses, se serviront en premier, et les autres finiront les restes. Ainsi, un même poste sera occupé par plusieurs individus dans une même journée. Toutefois une truite qui a terminé de se nourrir et a rejoint son poste de repos, va quand même être à l’affût de proies qui vont passer à proximité de son repaire. Acte réflexe ou de défense territoriale, c’est difficile à dire dans la mesure ou il est fréquent que notre mouchetée reste complètement apathique et totalement indifférente à n’importe quels leurres ou esches qui pourront lui être proposés. Une truite peut d’ailleurs rester calée sans rien manger pendant plusieurs jours si les conditions ne lui paraissent pas favorables. Elle peut même vivre plusieurs semaines sans rien avaler, seulement en puisant sur ses réserves. Seule l’agressivité pouvant éventuellement la faire sortir de sa cache.

Il restera toujours une part d’incertitude et de mystère

Comme nous venons de le voir, le rythme de la vie d’une truite en rivière peut donc varier énormément au cours d’une même journée et est intimement lié à son activité alimentaire, alternant successivement les phases de digestion (repos) et les phases de nutrition (chasse). La connaissance de son activité aide bien sûr à la compréhension des mécanismes nutritionnels et permet ainsi de déboucher sur des succès importants. Néanmoins, tout n’est pas réglé si idéalement que mes propos veulent bien le laisser croire, car viennent s’ajouter à ces éléments des paramètres perturbateurs qui vont faire stopper une phase active parfois très rapidement. Des paramètres environnementaux que personne ne peut à ce jour prévoir par avance peuvent venir bouleverser et interrompre une période faste pour nous, pauvres pêcheurs. Mais, finalement, cela n’est peut-être pas plus mal ainsi ! Il reste alors une part d’incertitude, de rêve, d’imagination et de doute qui fait que la pêche restera secrète et mystérieuse ... pour notre plus grand plaisir.

 
 
 

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