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Gestion patrimoniale... une fin en soi !
 




L’Arrêté du 27 juin 2008 définissant les statuts des A.A.P.P.M.A a voulu sacralisé l’absolue nécessité pour chaque association agréée de disposer, je cite, « d’un plan de gestion piscicole, prévoyant les mesures et interventions techniques de surveillance, de protection, d’amélioration et d’exploitation équilibrée des ressources piscicoles de ses droits de pêche. Ce plan devant être compatible avec le plan départemental de protection des milieux aquatiques et de gestion des ressources piscicoles (PDPG) ».
David Sibler, spécialiste en la matière, nous donne son point de vue.

Texte de David Sibler
Photos : Christophe BOUET et Jérôme AUSSANAIRE

 

En lisant ces quelques lignes qui concentrent pratiquement l’intégralité des obligations légales des gestionnaires en charge d’une très grande majorité du linéaire français, tout paraît très clair. Exploiter une ressource piscicole dans le cadre d’un plan de gestion local conforme à celui adopté par les fédérations départementales de pêche, et désormais adoubé par les autorités nationales gestionnaires de l’eau, par l’intermédiaire des SDAGE des six agences de l’eau françaises. Alors me direz-vous pas de quoi fouetter un chat... Rien de grave... Certains puristes crieront même « enfin ! ». D’ailleurs on pourrait même y voir une forme de reconnaissance de notre activité, car ces fameux PDPG, qui dressent, entre autres, un bilan des facteurs limitants à l’état des fonctions vitales (frai, éclosion, grossissement) des espèces repères visées (truite, ombre, brochet), ont permis globalement à nos instances décisionnaires d’état de mettre en œuvre une large partie du diagnostic lié à la qualité des eaux. Du constat aux premières propositions d’orientation, il n’a fallu qu’un pas , qui aujourd’hui prend la forme de propositions, notamment sur la gestion des espèces piscicoles. Elles conduiraient dés 2010 à l’interdiction pure et simple de presque tous les alevinages et autre « soutien » (sauf ceux des migrateurs...) dans l’ensemble des eaux déclarées en « très bon état » ou en « bon état ». On parlera ici désormais de « gestion patrimoniale ».
Ainsi, l’arrêt des alevinages apparaîtrait dans l’esprit de nombreux pêcheurs « informés » en 2009 comme la solution ultime de la reconquête génétique (certes !). Pour d’autres, voir les mêmes, du retour de l’attractivité à l’acte de pêche. En résumé, le retour des adhérents perdus grâce à la pratique d’une pêche redevenue de « qualité » patrimoniale conforme à nos obligations statutaires. Les esprits concis verront même en l’arrêt des alevinages, le sauvetage de la pêche à la française et n’hésiteront pas à établir des raccourcis simplistes sur toute forme de « soutien » aux espèces piscicoles...bizarre que cette exigence, à priori « nationale », ne soit pas de mise sur les parcours étrangers que parfois ces mêmes personnes fréquentent, nous vantant par ailleurs la qualité de la pêche là bas pratiquée. Les réalités économiques faussent sûrement nos exigences... en fonction du prix que nous donnons à nos convictions.
Désormais le mot d’ordre actuel « tendance » serait en quelque sorte l’arrêt de tout apport sous quelques formes que ce soit...et nous devrions nous écrier tous en cœur : Vive la gestion patrimoniale !
Je crois que c’est là encore une fois qu’il convient de rester vigilant et de faire preuve de pragmatisme, car si nos statuts d’association agréée nous obligent à nous engager vers une reconquête des milieux, il n’en est pas moins vrai que nos fédérations ont notamment (dixit art 6 des statuts) « pour objet d’assurer le développement durable de la pêche amateur, la mise en oeuvre d’actions de promotion du loisir pêche par toutes mesures adaptées. » ...Tiens tiens ! ! !
C’est là où toute ambiguïté se doit bien d’être levée... Comment assurer le développement de notre activité sachant que cela passe nécessairement par une satisfaction à l’acte de pêche. C’est à dire par une réponse attractive à une demande, avérée ou faussée, des pêcheurs actuels et surtout futurs.
Cette demande, trop souvent alimentée par un référentiel médiatique totalement décalé avec certaines réalités biologiques, pourtant patrimoniales, et surtout nationales se doit d’être examinée, pour tendre vers des choix partagés, réels, et surtout expliqués. Face à ce challenge, que bien peu souhaitent relever, comment un gestionnaire français, compte tenu des obligations qui sont les siennes, conscient des enjeux, pourrait-il prendre toutes les mesures nécessaires adaptées à la double obligation statutaire :
-  De la gestion et de l’amélioration d’un patrimoine piscicole naturel orienté par nos PDPG.
-  Du développement de la pêche amateur.

Si pour le premier point les acteurs et responsables sont nombreux et les leviers d’action souvent clairement identifiés (grâce à la mise en place future des SDAGE et autres plans de gestion de sous bassins), il n’en reste pas moins à faire preuve de volonté afin de traduire dans les faits, nos objectifs. Le rôle des pêcheurs, ici, dans ces assemblées multipartites, se limite bien souvent à un militantisme, encore à développer, lié aux traitements des facteurs limitants, Cette action capitale, et souvent occultée, constitue à elle seule, le seul véritable acte de gestion pérein. C’est une évidence. En revanche pour le second point, tout reste à faire, à la vue des résultats globaux obtenus depuis plusieurs décennies...une perte considérable d’effectifs.
Le constat est aujourd’hui très clair et sans appel. Il nous faut réfléchir globalement à la manière de répondre aux attentes de nos adhérents actuels, mais aussi futurs, tout en maîtrisant nos obligations statutaires.
Alors comment devons nous définir les orientations de gestion halieutique que collectivement et localement nous devons pouvoir mettre en œuvre en agissant sur les leviers capables de modéliser nos différentes attentes et de les rendre enfin accessibles ? La gestion patrimoniale, au sens strict du terme et compte tenu des réalités halieutiques actuelles, ne répondra pas à toutes les situations que nous connaissons localement,...loin s’en faut. Pour tenter de définir quelques orientations, quelques questions simples sur nos désirs halieutiques :
Quelles sont donc nos attentes lors d’une partie de pêche ? Prendre du poisson c’est évident... oui mais de quel poisson s’agit-il ? Attache t-on une importance première à sa « noblesse », à son origine, à sa taille, à son goût, à son nombre, à ces caractéristiques génétiques, à sa combativité, à plusieurs critères ?
Aussi, dans un autre registre, l’acte de pêche ne se résume-t-il qu’à une simple « cueillette » de ressource naturelle agrémentée d’un bol d’air frais. Ou alors cette activité ne peut-elle pas être aussi l’occasion pour nos adhérents d’être la seule activité « destressante » de nos vies urbaines où l’on recherche d’abord une philosophie de vie, voir d’être, plus qu’un résultat ?
En se posant ces différentes questions, le gestionnaire se doit de conserver le maximum d’objectivité et se rendre compte qu’aujourd’hui les sensibilités des différents courants de plaisir sont aussi nombreux qu’il y a de pêcheurs. Les frustrations cumulées sur plusieurs décennies ont inhibé notre jugement global, nous enfermant dans nos communautés d’esprit. Certes la mutation continuelle de l’activité pêche, au cours de recherches de solutions passées, a généré plusieurs tendances « génériques », selon bien souvent la dépendance à l’acte de pêche et la sensibilité sociale voir locale transmise au titre d’une forme de tradition, de recherche d’idéal, ou simplement d’éducation. Beaucoup d’énergie, d’essais, de convictions pour de piètres résultats...

Alors il est temps de répondre à ces frustrations par la mise en place des systèmes de gestion en correspondance aux attentes, au delà de la « simple » nécessité désormais acquise de la reconquête des milieux, le renfort de l’attractivité pêche passe désormais par la mise en place d’une réglementation adaptée à l’objectif défini conformément aux potentialités du contexte piscicole dans lequel l’activité se déroule. Aussi je soumets à votre réflexion ces quelques interrogations sur notre relation à notre vision de la pêche.
Est-il scandaleux de favoriser le prélèvement sur des parcours conformes, alors qu’il a été démontré et redémontré que le prélèvement des pêcheurs à la ligne ne pouvait à lui seul être à l’origine de la disparition d’une espèce. Certes le gestionnaire se devra, dans ce choix d’exploitation, de mettre en place une réglementation des plus adaptée, basée notamment sur sa capacité à mesurer les niveaux, d’une, de prélèvement, et de deux de satisfaction de ces adhérents. Cela doit passer notamment par une réglementation lui permettant d’exploiter de manière équilibrée cette ressource en rapport avec l’objectif visé (Par exemple un quota efficace basé sur les réalités de capture collectées, associées à une maille permettant le prélèvement majoritaire des juvéniles). Cette gestion implique de fait une communication claire et une connaissance effective des potentialités du parcours dans le cadre des contraintes biologiques réelles et non rêvées. Cette information se doit d’être partagée avec les adhérents afin d’éviter toute forme de frustration et de développer la connaissance des fonctionnements écologiques du milieu afin que chaque décision à défaut de fédérer soit comprise.
Ou encore est-il stupide de vouloir favoriser la recherche de poissons trophés toujours en secteur conforme, identifiée pour son potentiel, souhaité peut-être pour son attrait économique (cours d’eau « large », à caches nombreuses), en favorisant encore une fois, par une réglementation adaptée, la satisfaction des adhérents en recherche de ce type de pratique. Dans ce cas, il convient de prendre en compte la préciosité générale des géniteurs recherchés et de tout faire, de manière à garantir leur reprise, et donc d’établir une autre forme d’exploitation équilibrée de la ressource en rapport avec l’objectif, celui de garantir le plus souvent possible la capture de ces poissons potentiellement plus présents par une réglementation conforme à l’objectif. Toutes les garanties visant à assurer la survie des poissons relâchés devront être envisagées et le suivi « satisfecit » également assuré, afin de se réajuster si nécessaire à certaines réalités.
Ou encore est-il aussi aberrant de vouloir favoriser une forme de statut quo entre « le plus souvent Kill » et le plaisir de capture de beaux poissons. Notamment en favorisant la présence des géniteurs toujours précieux pour ceux qui sont à leur recherche, et la relative exploitation possible des ressources juvéniles plus nombreuses (par exemple grâce à la mise en place de la double maille).
Les règles d’exploitation dépendant ici grandement de l’état réel des fonctionnalités biologiques (frai, éclosion, grossissement) des espèces visées, donc en général du statut au PDPG du cours d’eau concerné. En effet, par exemple, il ne sert à rien de favoriser le prélèvement de ressources naturelles trop incertaines, si les fonctionnalités de reproduction sont trop souvent altérés : le stock disponible naturel de juvéniles moyen ne permettant pas une exploitation équilibrée et conforme à l’objectif.
Enfin est-il absurde de vouloir favoriser l’exploitation d’une ressource d’apport non naturelle, déversée à de très jeunes stades, de qualité génétique et sanitaire connue, en secteur plus ou moins dégradé. Ces poissons dont la période d’existence souvent mesurée sur le secteur approvisionné à 1, voir 2 ans, ne peuvent-ils être exploités par un prélèvement dans ces âges, conformément aux attentes des adhérents.
Aussi est-il idiot de vouloir se faire plaisir lors de parties de pêche occasionnelles peu spécialisées sur des poissons lâchés stériles, réputés faciles, sanitairement aptes, désormais ou très bientôt réservés à des secteurs dégradés, afin de favoriser, peut-être, soit une initiation à l’acte de pêche, ou tout simplement, une attente aussi réelle d’une partie de nos adhérents. Cela n’exclue aucunement en parallèle, la mise en œuvre des mesures ou des actions visant encore une fois à rétablir les fonctionnalités du développement de l’espèce repère visé. Dans ce choix les contraintes financières générées doivent être mesurés précisément afin de garantir dans la durée ce type de gestion.
Alors certains condamneront assurément cette vision, préférant voir l’argent utilisé à d’autres fins...c’est compréhensible...mais sont-ils seulement conscients des enjeux financiers à mettre en œuvre pour rétablir les fonctionnalités altérées ? Je ne le pense pas...si nous pouvons ponctuellement rétablir quelques accès, quelques caches...il est illusoire de vouloir corriger toutes les fonctionnalités qualitatives de nos eaux par nos simples investissements financiers. Le niveau d’intervention est ici ailleurs...et à de nombreuses échelles d’A.A.P.P.M.A, l’action financière se situe dans la gestion de l’activité halieutique, l’action lobbyiste devant être réservé à nos décideurs financiers que sont nos politiques. Cela passe notamment par une communication, désormais nécessaire, maîtrisée et dédiée à cet objectif.

A travers ces quelques exemples je ne crois pas qu’une solution plus que l’autre soit la solution...car LA solution n’existe pas...à mon sens c’est bien dans la diversité du produit pêche proposé que notre avenir immédiat se trouvera...la gestion patrimoniale n’est pour l’instant pas la panacée, compte tenu des contextes en place et des demandes des adhérents. Alors certes il convient de coordonner au moins à l’échelle du département les différentes solutions envisageables, par exemple par la mise en place d’un « guide de gestion » préétabli, faisant référence d’une part au classement du contexte au PDPG, et d’autre part à un « plan pêche », défini selon l’attente locale majoritaire des adhérents voir sous l’action visionnaire des gestionnaires locaux, fédéraux, pour la reconquête de l’attractivité à l’acte de pêche. Seuls quelques choix pourraient y être retenus, afin de conserver une forme de cohérence. Leur mise en œuvre devant être déclinés sur des parcours suffisamment grands pour être efficaces. C’est une des conditions exécutoires.

Ainsi j’ai souhaité simplement démontrer que chacun, du moment qu’il possède une carte de pêche, a le droit de vouloir se faire plaisir dans sa pratique... le gestionnaire lui a le devoir de tout mettre en œuvre pour répondre à cette attente dans le cadre privilégié des ces obligations statutaires précédemment rappelées. Son outil principal réside d’ailleurs dans la mise en place d’une réglementation des plus adaptée, à l’objectif qu’il s’est fixé. Aujourd’hui nos réglementations trop généralistes, à vouloir se croire ce qu’elles n’ont jamais été, un outil de reconquête de populations piscicoles, ont surtout généré une insatisfaction globale car totalement inadaptée aux seuls objectifs qu’elle sont capables de réaliser : celui de tendre, par l’exploitation de la ressource, vers une relative modélisation des espèces visées. Elles doivent bien sûr s’appuyer sur la double condition de réalités statistiques et écologiques. En effet à vouloir contenter tout le monde, nos réglementations françaises permettent surtout, encore aujourd’hui, de ne contenter personne...c’est une réalité pesante, qui maintenant depuis plusieurs décennies plombent l’activité pêche. S’il est unanimement admis et acté dans les plans de gestion que la reconquête de nos populations piscicoles « repères » (truites, ombres, brochet) passent par la reconquête écologique de leurs habitats et donc la gestion patrimoniale à terme ; la reconquête de nos effectifs , elle, passera assurément par une forme d’écoute et de capacité de nos gestionnaires à répondre à nos attentes...c’est ce à quoi devront s’atteler les prochains responsables halieutiques de nos eaux françaises, en envisageant d’abord un profond remaniement du cadre législatif de nos réglementations afin d’y débrider les leviers nécessaires, sous peine encore une fois d’échouer.
En conclusion, une réalité économique à rappeler : Si la diversité de l’offre favorise l’adhésion potentielle, elle permet surtout à terme de définir des plans d’action réactifs en correspondance avec les réalités changeantes de nos comportements « consommateurs »... à méditer ! ! !

 
 
 

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