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Une évolution comportementale évidente
Publié en ligne le dimanche 1er janvier 2012
 

On entend de plus en plus au bord de l’eau des propos désespérant du genre "C’est plus ce que c’était !", "Ah, de mon temps on ne revenait jamais capot" ou bien encore "Y’a plus de truites dans nos rivières !". Cependant, même si le potentiel salmonicole français a bien régressé ces vingt dernières années, la situation ne justifie pas à elle seule cet état alarmiste. Si les meilleurs continuent toujours à prendre régulièrement des truites dans nos belles rivières françaises c’est que la réalité n’est peut être pas forcément celle que l’on s’imagine. Pourquoi les bons preneurs de truites, ceux qui tirent toujours leur épingle du jeu, ne cessent de vouloir progresser techniquement ? Peut-être bien parce que les truites, elles aussi, apprennent et s’éduquent !

Texte et photos Christophe BOUET

 

Pourquoi ne prend on plus autant de poissons qu’auparavant ? C’est une question que de nombreux pêcheurs, amoureux de la nature et soucieux de préserver leur précieux patrimoine halieutique, essayent d’expliquer en ne formulant malheureusement que des réponses partiellement fondées et, en tous les cas, tout à fait incomplètes. Nos rivières ont certe connu de multiples bouleversements chimiques et physiques entraînant une perte évidente de leur productivité en salmonidés, mais cela n’explique pas tout. Etrangement, on voit, çà et là, des pêcheurs qui se plaignent de ne plus avoir de truites à pêcher sur leur rivière alors que souvent, à cent mètres de là, juste dans la réserve, on observe du pont qui l’enjambe de nombreuses et belles truites "maillées". La pollution et la dégradation du milieu physico-chimique, à l’image du nuage radioactif en provenance de la centrale de Tchernobyl, respectent rarement les frontières géographiques imaginées par les hommes. On a donc tout à parier que si la qualité de l’eau est convenable et permet la vie, la reproduction et l’alimentation de nos belles mouchetées dans la réserve c’est qu’inévitablement le reste de la rivière a de fortes chances de présenter les mêmes caractéristiques.

Une forte pression de pêche

Il est vrai que la pêche a bien évolué et que le comportement des pêcheurs a beaucoup changé en quelques dizaines d’années. De loisir, la pêche est devenue pour beaucoup une passion et ne se pratique plus uniquement en fin de semaine en guise de sortie dominicale. Certe le nombre de pêcheur a énormément diminué depuis 40 ans mais paradoxalement le temps passé au bord de l’eau n’a fait que croître. L’aménagement du temps de travail, l’augmentation des jours de vacances, le passage aux 39 heures de travail hebdomadaire puis aux 35 heures ont contribué à augmenter notre temps de loisir et a permis aux pêcheurs les plus assidus de concrétiser le souhait de passer plus de temps à la pêche. Dès lors, nos rivières se sont mises à subir de fortes pressions de pêche et les poissons à être de plus en plus sollicités. Pour s’en persuader, si cela était nécessaire, il suffit de se promener au bord de la Sioule, du Gave d’Ossau, de la Loue ou bien encore de la Sorgue, quel que soit le jour de la semaine ou la saison. Vous vous rendrez compte ainsi, si ce n’est pas déjà fait, que les truites ne possèdent vraiment que peu de temps pour se reposer du passage de nos mouches, leurres, vairons et autres appâts voués à leur capture.

Pas si bête !

Aussi, face à cette sollicitation croissante, les truites se sont mises à apprendre. Elles ont progressivement changé leur comportement et se sont éduquées de manière à répondre efficacement à une menace devenue plus importante. L’exemple de la pêche en réservoir reflète parfaitement cette adaptation de la truite face à la pression exercée par les pêcheurs. En effet, dès leur déversement, les truites "fraîches" nouvellement introduites dans un réservoir se laissent assez rapidement leurrer par des pêcheurs réalisant facilement de belles pêches. Même avec des truites arc-en-ciel "basiques", issues depuis des générations et des générations de bassin de pisciculture et dont les gênes ne contiennent pas naturellement cet instinct de méfiance propre aux poissons sauvages, on constate une modification comportementale. Au fur et à mesure que la date d’introduction s’éloigne et que nombre d’entre elles sont remises à l’eau les prises commencent à s’espacer. Au bout d’un certain temps, qui peut être variable en fonction de la pression de pêche, les truites qui ne sont pas conservées vont devenir tellement méfiantes que le seul passage d’une artificielle peu leur faire prendre la fuite. A terme, celles qui auront été prises et relâchées à de multiples reprises vont arrêter de se nourrir de jour pour adopter un comportement alimentaire essentiellement nocturne : comportement qui se retrouve d’ailleurs chez nos plus belles farios en rivières

Apprendre pour survivre

Malgré l’hypothèse avancée par certain, je ne pense pas qu’il y ait réellement de transmission à caractère génétique dans l’apprentissage du danger. D’ailleurs rien n’a jamais été prouvé à ce sujet et l’exemple que je viens d’évoquer concernant les truites de réservoir porte à croire qu’il s’agit plutôt d’un comportement naturel dont l’acquisition vient avec l’expérience. Le danger étant permanent, les truites s’éduquent et deviennent avec l’âge de plus en plus méfiantes d’autant plus si elles ont déjà été prises, parfois plusieurs fois, avant d’atteindre la taille légale de capture. La pression de pêche étant ce qu’elle est en France, les truites ne réagissent plus de la même manière : elles apprennent plus vite face à une menace plus importante. Au pire, les truites les mieux éduquées, donc les plus âgées et par conséquent les plus grosses, auront une activité presque exclusivement nocturne, beaucoup plus sécurisante pour elles. Ce n’est donc pas parce que l’on ne voit pas de poissons en activité que la rivière est forcément désertée par les truites. De même, si l’on prend beaucoup moins de poissons qu’auparavant dans de nombreuses rivières françaises, particulièrement les plus connues et donc les plus fréquentées, cela ne justifie nullement que les truites n’y sont plus présentes. Suivez une fois, simplement par curiosité, une équipe réalisant une pêche électrique sur une rivière que vous connaissez et que vous pêchez régulièrement : je suis persuadé que vous allez être très surpris !

Une adaptation nécessaire

Comme nous l’avons vu, cette faculté d’apprentissage induit chez la truite une profonde modification comportementale. Et si notre belle sauvage s’éduque et devient plus dure à leurrer, il faut que notre comportement de pêcheur évolue en même temps. En conséquence, la réussite de notre pêche devra impérativement passer par une technicité parfaite et maîtrisée, car la truite, beaucoup plus craintive qu’auparavant, aura des phases alimentaires plus brèves et bien moins fréquentes. Le comportement agressif qu’exploitait la pêche aux leurres incitatifs est moins présent chez la truite qu’il n’a été voilà quelques dizaines d’années. Dès lors, pour leurrer dame fario sur les cours d’eau les plus pêchés il faut compter essentiellement sur ces périodes de nutrition : si elle ne se nourrit pas il y a en fait que peu d’espoir de la prendre. Ainsi, la pêche doit s’affiner et les appâts, naturels ou non, doivent évoluer et se comporter de façon identique à celle d’une proie qui ne serait pas piégée. Pour les pêcheurs à la mouche, les bas de ligne sont devenus nécessairement plus long et plus fin et les artificielles ont été remplacées par des imitations de taille plus petites et flottant bien plus bas sur la surface. De manière similaire, les pêcheurs aux appâts naturels ont modifiés leurs montages pour améliorer la finesse et la souplesse du bas de ligne, alléger et étaler intelligemment la plombée et ont enfin compris la nécessité de proportionner la taille de l’hameçon à celle de l’esche. Cependant, si ces conditions sont souvent nécessaires pour tromper nos truites éduquées elles ne sont en aucun cas suffisantes. On devra toujours avoir à l’esprit que l’approximation dans la technique conduit irrémédiablement à l’inefficacité. C’est pourquoi, même si ce n’est que partiellement vrai pour des poissons peu éduqués, la technique employée doit être obligatoirement maîtrisée pour s’attaquer à des truites très sollicitées.

Le plaisir avant tout !

Bon ! C’est vrai, j’ai volontairement noirci la situation en affirmant que l’éducation de nos truites était le commun des pêcheurs français. Il est évident que l’évolution comportementale des truites est directement dépendante de la pression de pêche qu’elle aura subit depuis son plus jeune âge. Cela contredit donc définitivement l’hypothèse d’une quelconque transmission génétique pour expliquer la méfiance croissance de nos belles mouchetées puisque les poissons, en fonction de leur sollicitation, auront un comportement bien différent. Les truites d’un petit ruisseau isolé des massifs forestiers du Morvan seront bien moins "difficiles" à prendre que leurs cousines Franc-Comtoises de la Loue. On peut alors facilement confirmer que l’éducation des truites face au danger est essentiellement dépendante de la fréquentation du cours d’eau.

Cependant, si prendre beaucoup de belles farios "faciles" procure énormément de plaisir que dire de la satisfaction éprouvée lors de la prise de quelques jolies truites éduquées ? Quand vous en prendrez une, songez alors à tous les pièges qu’elle aura dû déjouer et à tous les leurres et les appâts auxquels elle aura résisté... avant le vôtre !

 
 
 

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