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Les mouches doivent évoluer
Publié en ligne le jeudi 7 juin 2007
 

De plus en plus, on voit naître, en France et ailleurs, des modèles d’artificielles totalement différentes des mouches araignées classiques. Certes, elles sont moins belles... aux yeux des pêcheurs, mais elles sont plus ... appétissantes aux yeux des truites ! Et c’est ce qui compte.

Texte Bernard Maillet

Photo Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de Fabrice MONNEL et

 

Les cuillers tournantes n’ont vraiment pas Depuis que l’homme pêche à la mouche, et cela ne date pas d’hier, il en a conçu des modèles de mouches artificielles ! Des milliers de toutes sortes, des plus dépouillées aux plus sophistiquées. Employant les matériaux les plus divers, des plus courants aux plus rares, jamais, dans aucune autre technique de pêche, il n’a développé autant d’énergie créatrice. Que de recherche, que d’imagination, que de passion dans tout cela. Eternel insatisfait, le pêcheur à la mouche est toujours à la recherche de la révélation : « l’artificielle miracle », celle qui séduira tous les poissons. Persuadé qu’il s’agit là d’une tâche bien difficile, voire utopique, il essaie quand même et c’est tant mieux : cette quête incessante fait partie du charme de la pêche à la mouche. Mais au fond, qu’est-ce qui le pousse ainsi à imaginer puis à créer sans cesse de nouveaux modèles ? N’existe-t-il pas, depuis le temps, suffisamment d’artificielles efficaces ? Certainement oui : pour leurrer le poisson, l’homme a su, depuis des temps fort lointains, créer des imitations qui lui semblaient vraisemblables, parfois même de véritables petits chefs-d’œuvre Elles ont été et elles seront encore longtemps efficaces en certains lieux et dans certaines circonstances. Cependant, il sait parfaitement que la plus belle de ses mouches, fût-elle superbement montée, ne sera jamais qu’une bien pâle caricature. Alors il observe de nouveau, il imagine, il crée encore et encore... Parfois il trouve ce qu’il croit être « la mouche », la vraie, l’unique, l’universelle ; il l’essaie sans tarder, ça marche, il rentre content. Le lendemain, il y retourne, ça ne marche plus, il revient, déçu. « Ah ! Il est bien fini le temps où les pêcheurs étaient rares et où les truites, nombreuses et bonnes filles, avalaient goulûment nos infâmes plumeaux ». Les temps changent’ les rivières et les poissons aussi... Surpêchés en de nombreux endroits de par le monde, ils deviennent parfaitement éduqués et donc très sélectifs. L’école gratuite est bonne. C’est ce que l’on appelle l’accoutumance, phénomène difficile à comprendre, mais pourtant bien réel. Le pêcheur à la mouche en est bien conscient. Alors il cherche. C’est bien le propre de l’homme que de se creuser sans cesse la cervelle pour essayer de trouver la solution dans de nombreux domaines. La pêche à la mouche n’échappe pas à cette règle : elle a, en tout cas, le mérite de meubler une partie de son esprit et ce, tout au long d’une vie.

Deux écoles qui s’affrontent

Depuis toujours, il existe deux sortes de pêcheurs et de monteurs de mouches : les imitationnistes, qui s’efforcent de reproduire de leur mieux une espèce bien déterminée d’insecte, et ceux qui considèrent que c’est bien suffisant de construire une artificielle dont la taille, la silhouette, la couleur générale, réunissent les caractères propres à toute une série d’insectes. Les uns soutiennent qu’il faut présenter une artificielle très ressemblante à l’insecte vrai, les autres pensent qu’une mouche d’ensemble aura le même succès. Les « imitationnistes » emportent avec eux bon nombre d’artificielles différentes tandis que les amateurs de la mouche d’ensemble n’en utilisent que quelques-unes, en diverses tailles. Faut-il donner raison aux uns plutôt qu’aux autres ? Je m’en garderai bien, car tout dépend des circonstances... C’est-à-dire de la nature de la rivière, du courant, de l’éducation du poisson, du temps, du jour, de l’heure, etc. Quoi qu’il en soit, je dois vous dire que, pour ma part, cela m’ennuierait de me trimballer avec tout un « commerce » de mouches dans les poches de mon gilet, mais, d’un autre côté, si j’avais la certitude de réussir toujours et partout avec seulement deux ou trois mouches, je me lasserais bien vite. En fait, malgré la différence qui oppose les deux écoles, ils ont tout de même, les uns et les autres, un point commun : celui d’utiliser, pour concrétiser leurs artificielles, la même démarche, le même schéma. Ils tâchent d’imiter l’insecte vrai comme s’ils peignaient une toile, tantôt impressionniste, tantôt surréaliste, mais toujours en reproduisant principalement les traits de la face supérieure. Dans cette recherche perpétuelle de l’efficacité, ils oublient l’essentiel : comment la truite ou l’ombre voient-ils ces imitations ? Car c’est bien par en dessous que ces poissons voient dériver les insectes ailés. Un exemple : la face ventrale de l’abdomen de la plupart des éphéméroptères est généralement de couleur plus claire et quelquefois même toute différente de celle de la face dorsale. Pourquoi donc faut-il s’efforcer d’imiter au mieux la segmentation caractéristique de la partie supérieure, alors que le poisson, lui, ne peut virtuellement pas la détecter ? A partir de cette petite réflexion, la démarche pourrait devenir toute différente... Mais ce n’est pas tout, faisons ensemble une petite expérience : prenons un récipient de verre transparent, remplissons ?le d’eau claire et posons délicatement sur la surface un subimago d’éphéméroptère préalablement prélevé sur la rivière. Observons-le par en dessous. L’insecte, à ce stade, repose sur ses pattes et on aperçoit nettement ses points d’impact dans la tension superficielle de l’eau. Tout le reste, tête, thorax, ailes et abdomen, est à peine visible. Quant aux cerques, on ne les distingue pas, parce qu’un subimago les porte généralement relevés. Il est évident que dans la rivière, ballotté par les flots, cet insecte peut apparaître différemment, je vous l’accorde, mais cela nous donne tout de même une petite idée sur la question. Prenons maintenant une araignée classique, de taille identique, et posons-la juste à côté de l’insecte vrai : le constat est édifiant... Il n’y a plus six points d’impact mais une pléthore, due aux hackles de la collerette. On aperçoit nettement une partie du corps prolongée par un pinceau de fibres, faisant office de cerques, qui déforme la surface. Il en résulte que l’imitation paraît nettement plus grande que l’insecte qu’elle est censée imiter. Reconnaissons que l’expérience que nous venons d’effectuer démontre clairement qu’il faut posséder une bonne dose d’optimisme pour trouver à ce type d’imitation une quelconque ressemblance avec l’insecte !

La meilleure imitation : Le Sedge

A l’inverse, une imitation d’imago mort d’éphéméroptère, posée de la même façon que précédemment à côté de l’insecte vrai, paraît plus réaliste pour peu que sa collerette soit très légèrement fournie en hackles. A ce stade, l’insecte repose totalement sur l’eau, tête, thorax, ailes, abdomen et cerques. Quoi qu’il en soit, et, toujours observé par-dessous, de toutes les imitations classiques que l’on peut proposer au poisson, le sedge est bien celui qui imite le mieux, à mes yeux, l’insecte naturel. La dernière création du grand maître et regretté Aimé Devaux, le « jeck sedge », est un modèle du genre. Sa collerette molle, constituée de plumes de croupion de canard annihile totalement l’effet « mille-pattes » des imitations montées en hackles de coq.

Les truites voient clair

Certes, l’expérience décrite ci-dessus n’est pas une révélation, loin s’en faut, bien d’autres pêcheurs l’ont, depuis fort longtemps, effectuée ; de nombreux auteurs halieutiques l’ont aussi clairement démontré avec force détails. Car, en fait, là est toute la question, et, jusqu’à présent, à cette interrogation, nul ne sait répondre de manière définitive. Les poissons vivent dans un élément qui n’est pas le nôtre et leurs yeux ne sont pas constitués comme les nôtres. Tout ce que l’on sait, dans l’observation et dans la pratique même de la pêche, c’est qu’ils voient parfois très clair. En effet, ne font-ils pas la différence entre une mouche en mouvement et celle qui dérive passivement ? Ne choisissent-ils pas exclusivement, à certains moments, les mouches prises dans le film de la surface plutôt que leurs sœurs qui dérivent avec les ailes bien droites ? Les truites ne voient-elles pas suffisamment pour sauter hors de l’eau afin de se saisir d’une mouche qui « danse » au-dessus d’elles ? Ne gobent-t-elles pas sans relâche des minuscules insectes, et ce, fort tard dans la nuit ? Ne vous est-il jamais arrivé de voir un ombre monter sur le nœud de votre bas de ligne ? Tous les poissons moucheronneurs ne sont-ils pas capables de refuser votre artificielle si la présentation est mauvaise ? Les exemples ne manquent pas, vous le savez bien. La question de la vision des couleurs chez les poissons a été aussi sujette à controverses dans le passé. A l’heure actuelle, tout le monde semble d’accord là-dessus : les poissons voient les couleurs et ils sont capables de reconnaître les nuances. Là non plus, personne ne peut nous dire exactement comment ils les perçoivent, mais l’essentiel, en ce qui nous concerne, c’est qu’ils peuvent parfaitement faire la distinction. Pour preuve, les proches parents de la truite que sont les corégones et ombles chevaliers des grands lacs arrivent à faire la différence entre une imitation de chironome noire cerclée de crème, par exemple, et la même cerclée de rouge, et ce, par quarante mètres de fond, dans l’obscurité la plus totale ! Lors des éclosions simultanées d’insectes de même taille, il n’est pas rare de constater que truites et ombres ne prennent qu’une seule espèce à l’exception de toute autre. Ce qui est vrai en surface l’est aussi sous l’eau. Ne vous est-il pas arrivé, en pêchant en noyée, de toucher uniquement sur une seule couleur ? Alors, faut-il donc remettre au placard toutes nos mouches traditionnelles ? Certes non, car, fort heureusement, les poissons de nos rivières publiques, si éduqués soient-ils, se laissent encore leurrer par ce genre d’artificielles. Il existe en effet de nombreux paramètres qui peuvent nous être profitables : l’éclairage, les conditions de visibilité, la clarté de l’eau, la vitesse du courant, l’agitation de la surface, le degré d’éducation du poisson, les périodes de forte activité alimentaire qui leur font oublier toute prudence, etc... Pour ces multiples raisons, et pour bien d’autres qui nous échappent encore, les poissons prennent parfois nos mouches. Seulement, il est des truites et des ombres, certains jours et dans certaines rivières, qui exigent des imitations un peu moins médiocres que d’autres, voilà tout. En dehors du fait, bien entendu, que ni la présentation, ni la dérive, qui sont des facteurs déterminants, ne soient mis en doute. D’observation en réflexion peut naître l’évolution.

Un simulacre de vie

Laissons donc de côté, une fois pour toutes, le débat passionné qui oppose les imitationnistes et les adeptes de la mouche d’ensemble. Cet antagonisme n’est plus d’actualité, et pour cause... Préférons choisir ensemble une troisième voie, plus plausible, celle de l’imitation vraie, telle que devrait la voir le poisson, puisqu’en fait c’est lui le principal intéressé. De premier abord, la démarche paraît simple, mais en y réfléchissant, on se pose tout de même pas mal de questions. Comment diable, en effet, allons-nous faire croire à ces poissons hyper éduqués que cet amalgame de plumes et de poils est censé représenter un insecte qu’il connaît bien, et dont il se nourrit de façon quasi quotidienne ? Il suffit tout bonnement de se « glisser » dans la peau de ceux-ci et d’observer, me direz-vous. La démarche est logique. Après tout, ne sommes-nous pas capables de reproduire un animal, un végétal et bien d’autres choses sur une toile, une photographie, dans la pierre ou dans la terre de façon presque parfaite ? Certes oui, mais il y a toutefois une chose que l’on ne sait pas et que l’on ne saura sans doute jamais imiter : c’est la vie de l’insecte. Alors, me direz-vous, c’est à désespérer ? Rassurez-vous, des pêcheurs de grand talent, grâce à leur sens aigu de l’observation, y ont mûrement réfléchi depuis longtemps et continuent. Sachant pertinemment qu’ils ne pourraient résoudre ce casse-tête, ils utilisèrent certains matériaux qui, judicieusement choisis et montés d’une certaine manière, donnent un simulacre de vie à l’artificielle. Suivons-les et, pour bien comprendre, prenons le cycle de vie des éphéméroptères par exemple : oeuf, larvule, larve, nymphe, subimago, imago, imago mort. Laissons de côté l’œuf et la larvule pour se préoccuper de la larve et de la nymphe. Il y a bien longtemps déjà, un homme génial inventa la pêche à la nymphe moderne. Ce maître, Frank Sawyer, mit au point principalement deux artificielles qui de premier abord semblent bien désuètes, mais qui, dans la pratique, et pour ceux qui savent l’utiliser, s’avèrent d’une redoutable efficacité. Le ne connais pas un seul bon pêcheur à la nymphe qui, actuellement, ne possède ni n’utilise pas avec succès la fameuse « pheasant tail » et sa sœur la « grey goose ». Ces deux artificielles sont montées avec des fibres riches en barbules provenant d’une longue plume de la queue d’un coq faisan pour l’une et d’une plume d’aile d’oie grise pour l’autre. Le montage est assuré par du fin fil de cuivre qui sert aussi de lestage. La combinaison de ces deux matériaux donne à l’ensemble, une fois mouillé, une translucidité proche des nymphes naturelles. De plus, dans l’eau, les barbules de ces plumes vibrent sans cesse comme le font les trachéo-branchies de l’insecte. L’abdomen, le thorax ainsi que les cerques donnent à cette imitation, malgré son dépouillement apparent, une silhouette très naturelle. Cet homme là avait tout compris : en respectant la silhouette, la taille, la couleur générale et en donnant, grâce à une combinaison judicieuse de matériaux simples, un simulacre de vie à ces deux artificielles. Il fit de celles-ci des modèles qui, des décennies plus tard, inspirent encore les monteurs actuels. Les pêcheurs les utilisent toujours, souvent avec bonheur, quelles que soient les eaux où ils pratiquent. Frank Sawyer aimait à dire : « Je suis partisan d’une imitation qui soit satisfaisante du point de vue de la truite ». Plus que jamais, ces paroles sont d’actualité. C’est ce chemin déjà tracé par lui qu’il nous faut suivre. Certains l’ont déjà fait, et ce, depuis fort longtemps. Constatant de visu qu’une nymphe conçue simplement avec du fil de montage n’obtenait que peu de succès, malgré une animation naturelle due aux courants ou provoquée par eux-mêmes, ils employèrent alors du dubbing naturel ou bien le mélange pertinent des deux pour donner un semblant de vie à leur imitation. Une petite brindille de bois, même animée par les courants, ne sera jamais qu’une brindille et le poisson ne s’y trompe guère. Il faut souligner cependant que l’ombre commun, quant à lui, se laisse souvent tromper par des artificielles qui sont bien plus proches du leurre que de l’imitation classique de la nymphe. Peut-être que, possédant un instinct grégaire, identique à son proche cousin le corégone qui lui vit en lac, pratique-t-il, vis-à-vis de la nymphe, le jeu de la concurrence. Qui sait ? Quoi qu’il en soit, comme pour la sèche, les poissons surpêchés à la nymphe finissent par s’éduquer. Raison de plus pour donner à nos artificielles une apparence de vie. C’est bien dans cet esprit là que G.E.M. Skues a conçu ces nymphes de surface. En utilisant judicieusement de la fourrure légère pour figurer leur silhouette, il leur donna « une translucidité vivante ». L’émergence, stade où l’invertébré n’est plus tout à fait une nymphe et pas encore un insecte ailé, est un moment difficile pour bon nombre d’entre eux. Dans ce moment de transition, les poissons de nos rivières en profitent largement et il fallait, à l’époque déjà, ce sens aigu de l’observation pour concrétiser, entre autres, une imitation telle que la fameuse oreille de lièvre. Une variante de cette artificielle était née, paraît-il, dès le milieu du 18ème siècle. Comme quoi, dans le milieu de la mouche, on n’invente pas grand chose, on ne fait souvent que redécouvrir ou améliorer. Il fallait quand même tout le métier de Henri Bresson pour concevoir une artificielle aussi simple, aussi dépouillée, aussi vilaine, comme son nom l’indique d’ailleurs, que la « peute ». Conçue simplement en quelques tours de plume de cane ébouriffée et rabattue le long du corps, cette mouche imite un trichoptère émergeant ou, en plus petite taille, un subimago d’éphéméroptère. Cette artificielle, vue par en dessous, paraît très vraisemblable. Elle est, en tout cas, d’une remarquable efficacité même dans les eaux difficiles. Concepteur de la célèbre « French tricolore » et autre « Sauvage », il fut aussi l’un des tout premiers à utiliser les plumes duveteuses qui entourent la grande uropygienne des canards. Naturellement imperméabilisées, ces plumes sont extrêmement légères et leurs fibres vibrent continuellement, donnant ainsi à l’artificielle une apparence de vie. « LA VERITE DES POISSONS », dit Henri Bresson ; c’est court mais explicite. C’est peut-être ce raisonnement qui pousse de nombreux et talentueux monteurs à utiliser régulièrement ce matériau vivant pour confectionner non seulement leurs mouches sèches mais aussi leurs nymphes. Certes, leurs montages souvent bien particuliers peuvent vous surprendre quelquefois, mais ne les jugez pas trop vite, essayez-les d’abord. Ces dernières années ont vu naître, de-ci de-là, de véritables collections « évolutives ».

Les « No Hackle Flies » des américains

Nos voisins d’outre-atlantique ne connaissent pas depuis bien longtemps les vertus du croupion de canard mais, dans le domaine de la créativité de leurs artificielles, ils ne sont pas en retard, croyez-moi ! Certains cours d’eau de leur pays sont aussi surpêchés. N’oublions pas que, là-bas, la pêche à la mouche est une véritable institution. Mon ami Jean Chevalier, véritable gentleman globe-trotter, qui connut, en leur temps, des hommes tels que Léonce de Boisset, Charles Ritz, Creusevaut et j’en passe, peut nous parler de l’évolution des rivières de notre pays ainsi que celle des cours d’eaux américains. Ne m’a-t-il pas écrit, parlant de ces derniers, que les truites, à certains endroits, étaient imprenables pour ceux qui utilisaient des mouches inadaptées ou qui maîtrisaient mal le poser courbe ! L’an dernier, j’ai eu l’honneur et le privilège de passer quelques jours aux Etats Unis. A cette occasion, Mel insista pour m’offrir amicalement quelques artificielles spécifiques à son pays. Je ne fus pas surpris, en ouvrant sa boîte, de constater que peu de modèles traditionnels y figuraient. Par contre, je pus examiner tout à loisir de nombreuses « no hackle flies » : des mouches thorax, des comparaduns, des montages parachutes, des tailwater duns, des spinners très dépouillés, etc ... La plupart de ces artificielles possèdent un corps monté avec du dubbing très aéré. Elles ne portent pas de collerette du style montage araignée mais simplement une touffe de fibres de hackles naturels ou artificiels, de poils creux ou de croupion de canard montés en toupet sur le dessus ou tournés à l’horizontale. C’est justement en observant le comportement des poissons peuplant les eaux difficiles de leur pays, me disait Mel Krieger, que les pêcheurs américains purent constater leur vif intérêt pour ce type d’artificielles. Il est probable que l’attrait que doit constituer pour eux la vision détaillée de l’abdomen, du thorax et de toutes ses fibres vivantes dans le courant, les décident souvent à se saisir de l’imitation. Certes, ces mouches évolutives, qu’elles soient françaises ou étrangères, ont peu de chance de participer et encore moins de gagner un concours de beauté face aux magnifiques montages classiques qui ravissent nos yeux depuis si longtemps. Mais qu’importe : l’essentiel est qu’elles plaisent à nos poissons, ce qu’on a peut-être trop souvent perdu de vue.

 
 
 

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