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Frayères et suivi des salmonidés
Publié en ligne le jeudi 2 octobre 2008
 



Les salmonidés, truite commune (salmo trutta) et saumon atlantique (salmo salar), représentent les espèces de référence peuplant les rivières aux eaux fraîches et courantes.
Chaque année à même époque, ces espèces sont gouvernées par leur cycle biologique. Une des étapes de ce cycle mécanique assure le renouvellement naturel des effectifs, il s’agit de la période de reproduction.

Texte et photographies Lionel Armand

 

Cet acte de reproduction offre un spectacle visuel d’une rare intensité à qui s’intéresse un tant soit peu à la vie des milieux aquatiques ou plus simplement pour la seule curiosité des pêcheurs que nous sommes. L’observation de ce comportement durant cette période peut, au même titre qu’un suivi de capture durant la saison halieutique et/ou un inventaire piscicole par pêche électrique, indiquer aux gestionnaires des milieux aquatiques l’évolution des effectifs présents dans les cours d’eau de 1ère catégorie.
Depuis une dizaine d’année, je réalise cette mission de suivi des salmonidés et comptabilise les frayères des « grands salmonidés », en fait truites fario, truites de mer et saumons atlantiques sur les zones de frayères des gaves Pyrénéens en Béarn. Durant ce recensement, il est associé des relevés : températures, état des eaux, météo, tendance du débit, observations diverses qui permettent d’effectuer des confrontations entre les années, on en arrive à établir des préférences environnementales pour le passage à l’acte : plage thermique, météo, période de l’hiver, mouvement d’eau...

Observation

Cette campagne de comptage hivernal permet d’assurer un contrôle d’ensemble des populations et aussi d’évaluer le recrutement possible à espérer pour les prochaines années. Il permet aussi d’assurer une veille sur les rivières dans une période où ces abords sont désertés, période pourtant si cruciale pour le développement des populations piscicoles. C’est en effet un moment ou les salmonidés, obnubilés par l’importance de leur reproduction, deviennent moins farouches et peuvent être sujets au braconnage.
Heureusement cette malveillance est isolée et plutôt rare ; les passionnés profiteront alors de la possibilité exceptionnelle d’approcher aux plus prés les salmonidés qui frayent là juste devant nous, à quelques mètres du bord.
Ces observations renouvelées au fil des années amènent aussi à examiner l’évolution des habitats, des débits, de la qualité des eaux et de la météo. Les indications d’éventuelles modifications influent directement au résultat d’ensemble du fraie (modification du granulat des zones de frayères, variabilité des courants, surfaces submergées, marnages dues à l’hydroélectricité, amplification progressive de la température, colmatage..). Malheureusement, la plupart de ces modifications sont directement issues des agissements de l’être humain et du besoin de confort du monde moderne. La préservation passe par une sensibilisation de tous les instants et la prise de conscience publique semble en bonne voie. Le développement durable tant mis au devant de la scène ces derniers mois est un signe d’espoir pour la sauvegarde de nos milieux aquatiques et bien que les lobbyings soient encore nos régisseurs pour un temps, il est bon d’espérer un avenir meilleur bien plus respectueux de mère nature.

Des conditions particulières

Parenthèse faite sur ce point, je reviens au sujet qui nous intéresse, la période de reproduction de nos chers salmonidés. A ce titre, je vais vous indiquer quelques informations nécessaires pour mieux appréhender cette phase de ce cycle capital de leur vie.
Pour les truites, la fenêtre temporelle de reproduction se situe entre les mois de novembre et le mois de février avec un pic en décembre. En ce qui concerne les saumons, ils fraient durant une fenêtre plus courte, de début décembre à fin janvier mais souvent en suivant le pic d’activité des farios car la photopériode joue un rôle important sur le stimuli déclencheur de l’acte de reproduction. En général, ce sont souvent les jours les plus courts qui couvrent la période la plus favorable à une reproduction.
Les caractéristiques de la frayère doivent correspondre aux exigences des salmonidés : un fond de galet ou de gravier propres et non colmatés, possédant une bonne infiltration interstitielle (qui pourra assurer l’oxygénation indispensable au bon développement embryonnaire des œufs) et une vitesse de courant allant de 40 à 80 cm/s sous un couvert d’eau de 20 à 50 cm en général.

Les frayères

Il est assez simple de pouvoir identifier les frayères sur une rivière. Ces dernières se trouvent généralement à la fin d’un profond, appelé mouille dans les Pyrénées, juste avant un radier. Parfois, mais plus rarement, on peut les localiser en tête ou en entrée de mouilles et plus régulièrement sur des zones où la rivière se resserre tant dans sa largeur que dans sa hauteur d’eau. Cet étranglement génère une accélération de la vitesse du courant grâce à laquelle la femelle salmonidé va s’appuyer pour le nettoyage et le creusement de sa frayère.
Les petites particules appelées « fines » se trouvant dans le substrat seront alors évacuées vers la zone moins rapide du profond suivant. Les truites préfèreront des zones proches de la berge ou sous un couvert végétal alors que les saumons se satisferont d’une zone centrale sur le cours d’eau.
La femelle choisi le lieu de dépose, après quelques sondage avec sa caudale, elle validera ou non le site d’implantation, commencera un nettoyage périphérique puis passera au creusement du nid qui servira à la dépose. La taille de la frayère sera proportionnelle à la taille de la femelle qui l’a créée. Elle choisira son partenaire pour l’accouplement, les phéromones attirant avec lui d’autres congénères qui composeront la cohorte des mâles dominés ou périphériques.
En général, les couples sont composés d’individus de tailles proches. Le mâle viendra régulièrement croiser la femelle pour la stimuler ou encore vibrer à ces côtés et dans tous les cas assurera son rôle de mâle dominant en chassant inexorablement les mâles intrusifs pour assurer une certaine tranquillité dans le travail de sa partenaire et convenir d’une relation de couple.
Lorsque la femelle est prête, elle expulse ces oeufs dans le fond de la frayère à l’abri des courants et le mâle collé à elle participe à la fécondation en mêlant sa laitance, corps raidi et mâchoires ouvertes durant quelques secondes. Pendant l’acte, il arrive fréquemment que les mâles périphériques (ainsi que les tacons spermiens dans le cas du saumon) participent à la fécondation. Dés la fin de l’acte, la femelle recouvre les oeufs en allant « balayer » les graviers et galets se trouvant en amont de sa frayère.
La fécondité est légèrement différente entre les deux espèces, environ 2000 oeufs au kilo pour une truite, légèrement moins pour un saumon. Les oeufs sont de grosse taille par rapport aux autres espèces de poissons, environ 4mm pour la truite et 5mm pour le saumon. Ils sont aussi plus résistants.
La durée d’incubation est elle aussi distincte, elle s’exprime en degrés jours. L’éclosion s’effectue aux environs de 420 degrés jours pour la truite (soit 42 jours sous une eau à 10 degrés par exemple ou bien 84 jours sous une eau à 5 degrés) et de 480 degrés jours pour le saumon.

Mais la vie sous gravier ne s’arrête pas là !

Ce point me semble fondamental car trop souvent oublié par les pêcheurs. En effet, après la ponte et l’éclosion suit la période de résorption de la vésicule vitelline, poche ventrale assurant une réserve de nourriture qui dure 310 degrés jours pour la truite et 410 degrés jours pour le saumon. Cette vésicule vitelline va donc leur servir d’alimentation avant que ceux-ci n’arrivent au stade d’alevin et émergent de la frayère, libres enfin ils se mettent alors à la recherche de nourriture et d’un habitat adapté.
Vous aurez donc compris que la vie sous gravier est très importante en terme de durée et à ce titre il est bon de récapituler ces étapes en terme de durée sous forme de tableaux et à des dates de pontes différentes :

En analysant ces tableaux, on remarque tout de suite que la vie sous gravier peut s’étendre dans la durée et l’on pourra constater que dans les cours d’eau possédant un régime torrentiel et se situant en altitude (donc avec une faible température) les alevins sortiront des galets bien après l’ouverture de la pêche. Les rivières de plaine en seront mieux épargnés mais attention lorsque la fraie aura été retardée, et les années ou le deuxième samedi de mars, jour de l’ouverture, arrive assez tôt dans le mois comme par exemple pour cette année 2008.
En définitif, les alevins de truite et encore plus ceux de saumon seront à la merci d’un piétinement malencontreux d’un pêcheur, qui heureux de pouvoir traverser la rivière qu’il arpente, s’il passe sur cette zone de pré-radier, détruira tout ou partie du futur recrutement en alevins de sa rivière.
Avouez qu’il est vraiment dommage de se priver de la sorte du futur potentiel de la rivière seulement par méconnaissance du cycle de reproduction des ces salmonidés.
Je vous conseillerai donc de traverser plutôt sur des zones où le substrat est grossier ou dans les zones plus profondes, mais d’éviter à tout prix les petits galets et graviers fins en arrière de trou dans 30 cm de profondeur. C’est préférable et utile pour nos futures parties de pêche. Donc amis pêcheurs, à l’avenir pensez à la vie sous gravier si importante pour l’avenir de nos rivières. Vous y réussirez certainement si vous suivez dés la période de reproduction le fameux cycle de vie des salmonidés. Alors surtout n’hésitez à contempler ce magnifique spectacle, et qui plus est gratuit, et de profiter pleinement de ce moment d’une rare beauté.
En plus, vous gagnerez en sens de l’observation indispensable lors de la saison de pêche. Chose que je vous souhaite pour cette saison.

 
 
 

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