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Comment sont gérées nos rivières ?
 




Longtemps basée sur les seules introductions de truites, la gestion de nos rivières de première catégorie change peu à peu pour réserver une part croissante à la protection et à la restauration du milieu.
Une évolution trop lente pour certains, mais toutefois bien réelle.

Texte de Marc DELACOSTE
Photos : Christophe BOUET

 

La gestion de nos rivières à truites est sans doute, en dehors des résultats de la dernière sortie de pêche, ce qui fait le plus parler les pêcheurs.
Ces discussions passionnées sont généralement très animées pour une raison simple : elles mélangent en effet souvent les idées d’avant-hier, ayant démontré leurs limites, à celles d’hier, guère meilleures, avec celles d’aujourd’hui, dont on espère qu’elles produiront les résultats escomptés. Car la gestion a évolué au cours de ces cinquante dernières années.

Semer pour récolter

L’idée maîtresse de la gestion des rivières à truites - comme des autres du reste - a longtemps été le repeuplement. Cette thèse était d’ailleurs tellement ancrée dans les mentalités que les associations responsables de la gestion étaient des groupements de pêche et de pisciculture. «  Le dépeuplement est affirmé comme un dogme, le repeuplement comme une nécessité », le résume parfaitement Michel Holl (CSP). La gestion découle alors d’un mode de pensée issu tout droit de l’agriculture : pour récolter, il faut semer !
Quoi de plus logique en apparence que de déverser des truites pour augmenter leur nombre et par voie de conséquence les captures ?
Ce raisonnement, découlant d’une profonde méconnaissance du fonctionnement des rivières et des populations de poissons, a longtemps fait recette auprès de la majorité des pêcheurs - et continue souvent de le faire. Le repeuplement est alors non seulement ce qu’ils attendent et réclament, mais aussi la meilleure façon pour le gestionnaire de montrer qu’il agit et réinvestit à bon escient l’argent des pêcheurs. Au centre de la reconnaissance collective, il a les arguments pour constituer en outre un véritable ciment du mouvement associatif. L’État lui-même l’encourage avec ses piscicultures domaniales et le CSP, face à la demande croissante des AAPPMA et à l’augmentation des effectifs au cours des années 70, participe. Il subventionne ainsi la création de nombreuses piscicultures départementales. Tout est fait pour le repeuplement.

Premières fissures

Pourtant, des voix discordantes commencent à s’élever, de plus en plus nombreuses au fil des ans. Des études prouvent depuis longtemps l’inefficacité du repeuplement sur le long terme et le dogme commence à se fissurer. Les connaissances sur le fonctionnement des rivières et des populations de poissons s’améliorent également et démontrent que chaque rivière possède une capacité d’accueil limitée. Ce n’est pas ce récipient sans fond qu’il suffit de remplir à grands coups de déversements. En outre, c’est principalement la qualité du milieu qui détermine cette capacité d’accueil, autrement dit le nombre d’espèces à introduire.
Pour avoir du poisson, il faut donc s’occuper du milieu. On commence alors à agir sur les rivières, à les protéger, à les restaurer lorsqu’elles sont perturbées. Ce changement de mentalité s’affirme avec force avec la loi pêche de 1984, qui transforme les APP en AAPPMA : Associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique. Ces structures sont non seulement chargées de l’organisation de la pêche mais aussi et surtout responsables des milieux aquatiques. Le repeuplement n’est pas pour autant abandonné, loin s’en faut, mais ne constitue plus le seul acte de gestion.
Parallèlement, deux types d’actions sont conduites :

- des mesures de protection des cours d’eau, en profitant des procédures prévues par la loi (arrêtés de biotopes, classements en rivières réservées ou en rivières à migrateurs, par exemple) ;
- des opérations de restauration et d’entretien des cours d’eau.
C’est en Bretagne que ces dernières ont vu le jour et se sont développées grâce à des associations comme Eaux et rivières de Bretagne, qui ont peu à peu fait école.

Bénéficiant d’une volonté nationale de création « d’emplois verts » encouragée par des contrats subventionnés (CES et emplois jeunes), des équipes d’entretien de cours d’eau ont rapidement vu le jour. Passé l’engouement du début des années 90, il reste encore aujourd’hui des emplois pérennisés et des « brigades vertes », chargées de l’entretien des cours d’eau. Elles sont rattachées à diverses structures (FDAPPMA, communautés de communes, ONF, etc ... ) et continuent d’oeuvrer.

Les années 2000

La fin des années 90 a également connu un autre changement de taille : l’élaboration de plans de gestion dans la majorité des départements. Ces plans départementaux de protection des milieux aquatiques et de gestion des ressources piscicoles (PDPG) tendent à rationaliser la gestion en partant du véritable point de départ : la fonctionnalité du milieu. Ils apportent une évolution réelle à travers deux axes principaux :
- la rationalisation des actions à mener sur le milieu (lorsqu’il y a lieu), en quantifiant et en hiérarchisant les facteurs limitants et les perturbations qui en découlent, et en définissant les solutions à apporter pour y remédier ;
- la définition des secteurs fonctionnant bien et n’ayant pas besoin d’alevinage, d’où la possibilité de mettre en place une gestion de type patrimoniale, c’est-à-dire basée sur la seule production naturelle.

Ces PDPG risquent, à terme, d’ouvrir l’ère d’une gestion enfin mâture, passant outre les dogmes du tout-repeuplement et les idéologies du zéro repeuplement : une rationalisation des actions sur le milieu et du repeuplement là où c’est nécessaire. L’instauration de la gestion patrimoniale sur certains cours d’eau, consistant à miser uniquement sur la production naturelle, est une nouvelle révolution, quasi culturelle. Et elle commence lentement à prendre, avec cependant une forte disparité entre les régions. Elle débouche dans tous les cas sur une situation nouvelle, pas toujours facile à accepter pour un gestionnaire : l’idée que la meilleure gestion possible puisse être de simplement surveiller et protéger une rivière. La fin de l’interventionnisme est souvent un changement difficile à accepter pour un gestionnaire et plus encore pour la masse des pêcheurs pour qui la gestion se mesure encore trop souvent en nombre et en poids de poissons introduits.
Outre la rationalisation des repeuplements, l’autre grand mérite des PDPG pourrait bien être de remettre les choses à leur place et ainsi chacun en face de ses responsabilités. Ces plans de protection et de gestion achevés dé montrent en effet clairement que les grands problèmes ne sont pas tant du ressort des pêcheurs et de leurs associations que des « politiques ». Débits réservés trop faibles, pollutions urbaines ou industrielles par manque de traitement des rejets, énormes impacts de l’agriculture intensive, autant de fléaux responsables de l’essentiel des problèmes de nos rivières.

Les pêcheurs n’y peuvent d’ailleurs pas grand chose, si ce n’est tenter de faire pression sur les décideurs ou l’administration.
Agir sur le milieu, comme le préconise de plus en plus de monde, reste la véritable solution - et bien souvent la seule. Mais encore faut-il ne pas se tromper d’interlocuteur...

 
 
 

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