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Vers une gestion raisonnée de notre patrimoine
 

S’il est vrai qu’en matière de gestion de nos cours d’eau il est bien difficile de contenter tout le monde, il arrive un moment ou il faut bien prendre une décision qui malheureusement ne fera pas l’unanimité parmi les pêcheurs que nous sommes. En effet, à force de vouloir « faire pour le mieux » en proposant et en appliquant des méthodes de gestion antagonistes pour nos salmonidés, on arrive dans de nombreuses régions à mettre en péril le potentiel salmonicole du dit cour d’eau. Ainsi, en poursuivant une politique halieutique reconnue unanimement par les scientifiques comme étant à l’encontre du bon sens écologique on continuera inévitablement à accentuer le déséquilibre existant. Il est maintenant temps d’ouvrir les yeux et de comprendre réellement le fonctionnement d’une rivière afin d’agir en conséquence !

Texte et photos : Christophe BOUET

 

Pendant de nombreuses années nous avons tous pensé pouvoir prendre puis consommer, d’un bout à l’autre de notre saison de pêche, toutes nos prises. Notre seul souci aurait été tout simplement, en période hivernale, de réviser et préparer notre matériel pour la saison suivante. Tout aurait pu continuer comme ça bien longtemps si l’homme n’avait pas, en quelques dizaines d’années, tout fait pour modifier irréversiblement les choses et perturber ce schéma idyllique.
Certains sanglotent en évoquant un passé que nous ne connaîtrons plus que dans les récits de nos anciens, d’autres ont remisé leur matériel et ne le ressortiront peut être jamais .... et quelques-uns réfléchissent sur la situation difficile ou nous en sommes et se posent des questions pour savoir comment arrêter le massacre !

Un triste constat

Si l’on a un tant soit peu de lucidité et que l’on aspire, certes égoïstement, à avoir une bonne densité de truites dans nos cours d’eau, c’est à ces interrogations qu’il faut répondre pour commencer à changer les choses. Mais, même si l’homme en avait la volonté profonde et les moyens techniques pour le faire, se dont je doute, le déséquilibre de nos rivières est si dramatique qu’il faudrait de nombreuses années pour pouvoir réparer les dégâts que nous avons causés et rendre leur état originel à nos belles rivières françaises. Nous en sommes arrivés à un stade où les membres des associations de pêche et de protection des milieux aquatiques doivent non plus gérer une situation saine mais un patrimoine affaibli sur une période plutôt difficile .... qui risque bien de ne pas s’arranger de sitôt !

Où en est-on aujourd’hui ?

Même si mes propos sont quelques peu teintés d’un pessimisme qu’il serait malhonnête de cacher, il n’est pas dans mes habitudes de baisser les bras en me regardant le nombril et encore moins d’attendre que les choses changent d’elles-mêmes en déposant un cierge devant la sainte vierge. En effet, tout n’est pas forcément perdu et je pense sincèrement qu’il faut, pour préserver ce qu’il nous reste, comprendre le fonctionnement d’une rivière et tenter de se partager sa production naturelle de salmonidés sans en affaiblir toutefois le potentiel et surtout sans mettre en péril le devenir salmonicole du dit cours d’eau. Jean-Pierre Guillemaud, plus connu sous le sobriquet de Piam, formidable gestionnaire de milieux aquatiques et moucheur d’exception, possède une vision tout à fait remarquable de l’équilibre d’une rivière. Il avait d’ailleurs comparé assez justement voilà quelques années, de manière très imagée mais formidablement pédagogique, une rivière à une parcelle de jardin potager. En effet, bien entretenue, une parcelle de terrain qui produit des salades a besoin que l’on en prélève quelques-unes afin de permettre aux autres de pouvoir grossir. Cette image amusante et très réaliste que nous donne Piam représente la situation initiale de nos rivières. Mais lorsque la parcelle de salades est sur une terre pauvre et peu productive, les salades sont bien moins nombreuses et chaque prélèvement se remarque tout de suite. Ainsi, cette ponction sur un potentiel réduit rend le jardin encore plus pauvre et l’affaibli davantage. C’est la situation à laquelle nous sommes confrontées aujourd’hui sur la majeure partie du territoire. La comparaison avec un jardin potager s’arrête là car on peut toujours replanter des salades sur la parcelle avec un taux de réussite équivalent au reste de la production alors que le rempoissonnement en truite est unanimement reconnu par les plus grands spécialistes comme étant inutile et totalement inefficace.

Une politique de gestion inadaptée

On est donc en droit de se poser des questions sur les raisons qui motivent de nombreuses associations à poursuivre les rempoissonnements en truites surdensitaires ? Quel est donc l’intérêt pour un gestionnaire de cours d’eau d’aller à l’encontre du bon sens écologique si ce n’est de privilégier le facteur économique (pour vendre des cartes) ou politique (pour satisfaire les pêcheurs) ?
Si, par expérience, les scientifiques et une écrasante majorité des pêcheurs de salmonidés sont tombés d’accord sur le sujet, il paraît tout de même aberrant de continuer bêtement à réaliser d’important empoissonnement alors que le déversement en truites surdensitaires est unanimement reconnu comme un non-sens écologique ?
Seulement voilà, tout n’est pas si simple et ceux qui ont déjà assisté à la réunion de leur association de pêche sauront probablement de quoi je veux parler. En effet, en ces lieux, tout devient très difficile lorsqu’il faut prendre une décision. Effectivement, combien sont prêts à braver les quelques pêcheurs protestataires, souvent majoritaires dans ce type d’assemblée, qui réclament haut et fort leur quota de truites pour l’ouverture ? Combien osent franchir le pas vers une vraie gestion de nos rivières en favorisant la reproduction naturelle des géniteurs et en protégeant efficacement leurs alevins ? Combien accepteraient enfin de risquer l’affrontement avec ceux, mécontents, qui prennent la peine d’assister aux assemblées pour réclamer toujours plus de poissons dans leur rivière, quel qu’en soit la nature et l’origine ?
Alors souvent, pour contenter tout le monde, on improvise une gestion bâtarde pour se donner bonne conscience : On organise alors des lâchers de truites surdensitaires pour satisfaire les pêcheurs et parallèlement on aménage des ruisseaux pépinières, on pose des boîtes Vibert et on met en place des réserves puisque l’on sait que c’est la vraie solution. Cependant, avec ces systèmes de gestions antagonistes réunis sur un même cours d’eau, les associations de pêche finissent par ne plus gérer un domaine piscicole mais finalement deviennent ni plus ni moins des gestionnaires de pêcheur. Pourtant, si nous voulons réellement faire avancer les choses, il faut que cette démarche politique cesse une fois pour toute et il convient d’arrêter ces contradictions pour finir enfin à trouver un remède et administrer sainement nos parcours salmonicoles.

Une gestion contradictoire

N’allez pas croire aujourd’hui qu’en tenant ces propos je sois totalement hostile aux pêcheurs qui désirent prendre du poisson le jour de l’ouverture et personnellement je ne vois aucun inconvénient à ce que certains trouvent du plaisir à ramener chez lui quelques truites privées de leurs nageoires, même si elles sont prises les unes derrières les autres à la pâte à truite. Ce n’est certes pas la même chose que de leurrer un ou deux magnifiques poissons sauvages à la morphologie parfaite mais chacun est en droit de tirer de la satisfaction comme il l’entend et comment ou pourquoi devrait-on juger nos différences de valeur ?
Je m’insurge simplement sur la cohabitation de deux modes de gestion opposés qui finissent par détruire un patrimoine qui pourrait être au contraire mis en valeur. S’il est effectivement souhaitable de gérer artificiellement une rivière ou un parcours de pêche, malheureusement très touché, lorsque la nature n’est plus en mesure de le faire, pourquoi pratiquer cette gestion incohérente là ou la bêtise humaine n’a pas encore tout détruit ? Car il faut bien l’avouer, même avec cette méthode bâtarde pour tenter de satisfaire tous les pêcheurs, personne n’y trouve son compte : Les uns trouvent que les poissons sauvages se raréfient et les autres se plaignent du manque de captures, donc de déversement !

Acceptons une évolution inéluctable

L’avenir de nos eaux à caractère salmonicole se jouera donc sur une gestion adaptée. Il faut à mon sens encourager la création de parcours touristiques empoissonnés artificiellement lorsque dame nature n’est plus en mesure de le faire comme cela commence à se réaliser sur des initiatives privées dans les Pyrénées et en Normandie. De même, il faut poursuivre la création de réservoirs sur des plans d’eau stériles. Ces actions pourront valoriser artificiellement et concrètement une nature dégradée sans que cela puisse nuire au bon fonctionnement de notre écosystème lorsque celui ci n’est plus apte à réguler lui-même les nuisances. Menées en des lieux judicieusement choisis, ces initiatives n’en seront que bénéfiques pour la pêche puisqu’elles feront progresser notre technique, amuseront les néophytes et satisferont les pêcheurs plus exigeants sur le nombre des captures que sur la qualité de celles ci. Parallèlement à ces actions, dans les sites naturels où tout n’est pas encore perdu, et dieu sait s’il en reste, il convient d’adopter une démarche opposée et bien plus restrictive en définissant une politique qui favorisera la vie et la reproduction de nos salmonidés en fonction de la rivière.
Il est bien sûr évident que les pêcheurs qui ne souhaitent pas adhérer à ces conditions obligatoirement arbitraires et limitatives seront absents en ces lieux protégés comme le feraient indubitablement ceux qui ne fréquentent pas les sites artificiels, refusant ce type de gestion. Mais en pratiquant de cette manière, tout le monde pourra y trouver son compte et la qualité de chaque lieu n’en sera que meilleur. Il serait bon que chaque gestionnaire en prenne conscience et surtout que chaque responsable de la pêche démocratique accepte cette évolution inéluctable. Je reste cependant persuadé que nombre d’entre eux sont conscients de cette nécessité de réforme et que la plupart connaissent parfaitement les solutions adéquates pour résoudre cette lente dégradation écologique de nos rivières. Messieurs, il est temps de ne plus penser qu’aux membres de vos associations en arrêtant de pratiquer une gestion "politiquement correcte" mais il faut au contraire trancher pour une gestion ou la sauvegarde de notre patrimoine serait au cœur de notre démarche. Je sais que c’est difficile et je sais déjà par avance qu’à la suite de cet article nous allons recevoir de nombreux courriers dénonçant mes propos. Je sais aussi qu’on me dira qu’il est toujours facile de critiquer mais beaucoup moins d’agir, je sais encore que l’on va me baptiser de divers sobriquets peu élégants, je sais .......

Pour ceux qui jugeront sans connaître, sachez tout de même que le combat pour la qualité de l’eau et la protection de ses hôtes m’est quotidien, ne serait ce que par l’écriture de cet article. Et si j’arrive à provoquer et à faire réagir, j’aurais en partie atteint mon objectif. Mais dans le cas contraire, nous allons voir dans les prochaines années se confirmer le schéma de ce qui commence à se profiler de plus en plus sur nos rivières françaises et qui a déjà fait ses preuves en matière de gestion sur le cheptel salmonicole : l’achat de berges par des associations privées ou des associations non fédérées rendant la pêche réservée à une minorité de pêcheur.

 
 
 

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