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Le mystère du gammare orange
Publié en ligne le jeudi 16 décembre 2004
 



Récemment, Fabrice Monnel et Alain Barthélémie nous précisaient dans leur écrit que les truites raffolaient des imitations de gammares comportant un spots orange alors que ces petits crustacés sont généralement de couleur gris ou olive.
Poussant bien plus loin l’étude de ce petit crustacé d’eau douce, ils découvrir qu’en fait, les gammares oranges existent bien dans la nature et seraient finalement ceux qui sont touché par le parasite de la Douve.
Celle-ci provoquerait une importante concentration de carotène chez ce crustacé, ce qui lui donnerais un aspect orange .... et un goût si appétissant pour dame fario.
Pas si simple affirme maintenant Olivier, qui remet, partiellement, en cause ces affirmations !

Texte Olivier BERNASSON

Photos Loic BOLLACHE et Marie-Jeanne PERROT MINNOT (Equipe Ecologie Evolutive UMR CNRS 5561 Biogéosciences Université de Bourgogne) et Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de Fabrice MONNEL et

 

En juillet 2003, le magazine Pêche Mouche nous faisait découvrir les mystères du gammare orange. Plusieurs constatations étaient faites et des hypothèses émises, de manière empirique. Après des recherches approfondies sur internet notamment, et la prise de contact avec des équipes de scientifiques travaillant sur le gammare, nous sommes aujourd’hui en mesure de confirmer certains points, rectifier quelques inexactitudes et éclairer des zones d’ombres. Le gammare est riche en carotène ? Oui. Un parasite modifie la couleur pour le faire "passer à l’orange" ?
Oui encore, même si ce n’est pas le crustacé qui change réellement de couleur.
Les poissons sont attirés par la couleur orange ?
C’est un fait acquis.
Trouvent-ils dans ces gammares plus de carotène que dans les gammares "sains" ?
Non !
Les préfèrent-ils simplement parce qu’ils sont oranges ?
Pas si simple, loin de là !
Cette préférence des truites pour les gammares parasités est volontairement provoquée par le parasite lui-même. Oui, "au volant du gammare", le parasite cherche les poissons... et l’hypothèse que ceux-ci réagissent à un "signal carotène" comme l’envisageait un peu rapidement l’article précédent semble battue en brèche. Le mystère du gammare orange rebondit...

Il y a un pilote dans le gammare

Loïc Bollache est maître de conférence à l’Université de Bourgogne au sein de l’Equipe Ecologie Evolutive (UMR CNRS 5561 Biogéosciences) qui étudie les gammares d’eau douces et leurs parasites depuis plusieurs années. Il explique :
"Les acanthocéphales adultes (Pomphorhynchus laevis ou Polymorphus minutus) résident et se reproduisent dans l’intestin de nombreuses espèces de poissons pour le premier et d’oiseaux d’eau pour le second. Leur ponte, expulsée dans l’eau avec les déjections de leur hôte, est avalée par les gammares. Ces oeufs renferment une larve caractéristique, l’acanthor, munie à son extrémité antérieure de crochets et d’épines sur toute la surface du corps. Une fois l’œuf ingéré par un gammare, la larve s’échappe et traverse la paroi de l’intestin pour pénétrer les tissus grâce à un muscle qui permet le mouvement collectif des crochets et assure la pénétration de l’acanthor. Une fois installé dans le gammare sous une forme larvaire, le cystacanthe (voir photos ci-contre) n’aspirera plus qu’à une chose : trouver un intestin de poisson ou d’oiseau pour passer au stade adulte et se reproduire dans un cycle sans fin. Il va donc manipuler le comportement du gammare en modifiant certaines voies physiologiques de ce dernier pour se donner un maximum de chances de trouver sa cible finale (1). Dès lors le gammare fou devient une proie facile pour les prédateurs rechechés par le parasite. Polymorphus minutus modifie la perception de l’espace ... Dès lors le gammare devient fou (2) et son comportement en fait une proie facile pour le prédateur recherché par le parasite. Polymorphus minutus anéantit la perception de l’espace du gammare, l’incite à trouver la surface et à s’y agiter frénétiquement et tournoyer de façon désordonnée, afin de se faire remarquer par un canard en quête de nourriture. Pomphorhynchus laevis lui, en modifiant le rapport à la lumière, envoie le gammare dans la dérive ... zone de chasse de prédilection de la truite."
Les scénaristes d’Alien connaissaient-ils l’histoire du gammare ?

Des gammares faciles et vraiment appétissants

Des travaux sont actuellement en cours pour mesurer d’éventuelles modifications du taux de carotène dans les gammares parasité mais l’hypothèse retenue pour l’heure est celle selon laquelle le parasite semble absorber et concentrer en lui le carotène du gammare. La larve elle même donne par transparence cette coloration orange si tentante pour les truites. Est-ce un hasard ?
A la lecture de ce qui précède il devient difficile de le croire. On connaît désormais l’intérêt des poissons pour l’orangé et le rouge. Les travaux du chercheur suisse Theo Bakker (3), sur les épinoches notamment ont montré depuis longtemps cet intérêt dans le cadre du cycle de reproduction. Les femelles montrent une attirance prononcée pour les mâles à la couleur bien rouge. Il faut donc trouver en permanence, et encore plus au moment de séduire, tout ce qui sera de nature à "porter beau". Si l’on ajoute à cela le fait que les gammares fous font des proies bien faciles dans la dérive, l’on comprendra aisément que nos poissons favoris en absorbent davantage qu’ils ne le font avec des gammares grisâtres qu’il leur faut traquer sous les pierres. Plus qu’un bénéfice carotène supplémentaire évoqué dans le numéro précédent c’est la facilité de prédation associée au signal orange fort qui serait le facteur de préférence.
Le phénomène ne date pas d’hier puisque Pomphorhynchus laevis fut découvert en 1776 et pourtant il se perpétue. Lorsqu’on connaît la faculté d’adaptation des poissons et des truites en particulier à repérer un danger et à "s’éduquer" on peut légitimement s’étonner, qu’à la longue, elles ne se détournent pas de ces "étranges crevettes" qui leur transmettent des vers. Le bénéfice serait-il plus grand que le préjudice ?

Les truites les préfèrent avec !

Frédéric Thomas chercheur au CNRS de Montpellier sein de l’équipe ayant énoncé la première le terme de "gammare fou" et qui travaille sur les parasites des gammares d’eau saumâtres (4) trouve cohérente l’hypothèse selon laquelle les poissons pourraient non seulement ne pas se méfier de ces vecteurs de parasites mais même leur accorder la préférence en toute connaissance de cause : "La notion de préférence sexuelle peut entrer en ligne de compte. Les mâles affichant dans un même temps les signes de leur infestation et leur résistance à ce parasite seront préférés aux autres par les femelles. Celles-ci trouvent là une garantie de transmettre à leur progéniture cette même résistance." Argument que ne dément pas Loïc Bollache. Une belle robe marquée de tâches bien rouge serait à la fois le signe de bonne santé et de ... résistance aux parasites présents dans l’intestin. D’autant qu’on ne connaît pas vraiment le préjudice subit par le poisson en présence de ces vers. Des prélèvements effectués en collaboration avec la délégation régionale CSP Bourgogne Franche Comté sur le Doubs et l’Ouche ont montré une présence du parasite dans 80 % des chevesnes avec une moyenne de 5 à 6 vers par poisson de 20 à 25 cm avec jusqu’à 50 acanthocéphales adultes pour un même poisson. Le “record” étant détenu par un chabot qui en recelait 160. "La taille et le nombre de parasites adultes varie en fonction de l’espèce de poisson hôte ... Les poissons prélevés étaient vivants et en bonne santé mais il est impossible de savoir si d’autres étaient morts à la suite de l’infestation. Les prélèvements sont faits sur des poissons moins “précieux” que la truite ou l’ombre, nous ne disposons pas de données précises concernant ces 2 espèces" précise Loïc. En tout cas les deux chercheurs sont formels : aucun risque pour l’homme.

Le gammare : une mouche sèche ?

En imaginant ces gammares fous "faire le yoyo" vers la surface, s’agiter sur l’eau et même, selon la description faite par Loïc Bollache, s’accrocher à la moindre petite chose qui flotte comme à leur partenaire pendant l’accouplement, je n’ai pu m’interdire de rêver une tentative de pêche au gammare orange... en sèche ou juste dans la pellicule, sur des imitations non lestées. Et si l’on tenait là une anti-bredouille pour les moments où l’on se demande "sur quoi elles peuvent bien être" ?...

En tout cas, ça ne coûte pas grand chose d’essayer... et puis quand la réalité dépasse la fiction, tout est permis... Mais pourrais-je désormais ne pas me demander si lorsqu’une truite choisit ma mouche, elle n’est pas en réalité pilotée par quelque chose qui souhaite me rencontrer ?



NOTES :

(1) Cézilly F et al. 2000. Parasitology 120 : 625-630.

(2) Mme Simone Helluy fut en 1983 la première à utiliser le terme de "gammares fous" pour ces crustacés parasités à comportement modifié. Helluy S. 1983. Un mode de favorisation de la transmission parasitaire : la manipulation du comportement de l’hôte intermédiaire. Revue d’Ecologie (Terre et Vie) 38, 211-223.

(3) Il y a quelques années, Manfred Milinski et Theo Bakker, alors à l’Université de Berne, l’ont prouvé en éclairant les prétendants par une lumière verte. Les femelles n’arrivaient plus à choisir un partenaire parmi ces individus ayant perdu leur teinte.

(3) Frédéric THOMAS et ses collaborateurs ont notamment mis à jour l’existence de parasites "auto-stoppeurs" qui s’arrangent pour bénéficier du travail d’un premier parasite du gammare pour rejoindre le même hôte définitif.

 
 
 

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