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Débris de bois mort obstruant les cours, végétation envahissante, arbres en surplomb...
Défauts présumés de la rivière, ou éléments essentiels de l’habitat des poissons ?
Entre bulldozer et laisser-aller, l’entretien des cours d’eau doit être mené avec prudence.

Texte de Marc DELACOSTE
Photos : Marc DELACOSTE, jérôme et Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de

 

L’entretien des rivières a longtemps été assuré par les riverains, jusque dans les années cinquante. Ensuite, en partie à cause de l’exode rural, cette pratique spontanée a commencé à disparaître, et des cours d’eau ont été peu à peu laissés à l’abandon. Or, si certaines rivières supportent aisément l’absence d’entretien, d’autres au contraire voient leur fonctionnement écologique véritablement perturbé. D’une part, la prolifération de la végétation sur les berges intercepte trop de lumière. D’autre part, l’accumulation d’obstacles dans le lit, souvent des dépôts de bois mort, favorise la sédimentation et réduit la diversité du substrat. Ces obstacles peuvent aussi multiplier les effets des crues, et risquer de provoquer des inondations.

La loi rend obligatoire l’entretien des cours d’eau du domaine privé par leurs propriétaires, l’État se chargeant de ceux du domaine public. Les DDAF (Direction départementale de l’agriculture et de la forêt) ont pourtant longtemps suppléé les propriétaires, en effectuant l’entretien à leur place. Débuta alors l’époque des opérations lourdes et du recalibrage à tout crin, catastrophiques d’un point de vue écologique.
On a vu des rivières redessinées au bulldozer, les fonds rabotés sans merci, les berges retaillées et nettoyées de leurs arbres et buissons, et les méandres disparaître. Le tout dans le but de permettre un meilleur écoulement de l’eau et d’éviter les débordements. Nombre de nos cours d’eau y ont (temporairement ?) laissé la vie. Et ces pratiques ne sont pas toujours révolues...
Face à ces opérations dévastatrices, des voix se sont élevées, principalement celles des pêcheurs et des associations de protection de la nature. Des méthodes douces, mettant à l’oeuvre des hommes et non plus des machines, ont commencé à être exigées pour le respect de l’intégrité du cours d’eau. Cette petite "révolution" a fait ses premiers pas dans les années soixante-dix, en particulier en Bretagne, grâce à l’association Eau et Rivières de Bretagne mais également dans le Massif central. Chacun, bénévole, prenait sur son temps pour travailler quelques heures et redonner vie aux ruisseaux et rivières négligés.

Ces dernières années, certaines fédérations de pêche, mais aussi des associations intercommunales, ont pris le relais, en abordant le problème d’une manière beaucoup plus professionnelle. Sous l’impulsion de l’État qui testait alors la filière des "métiers verts", les bénévoles ont été remplacés par des techniciens de rivière, employés à temps plein ou plus souvent sous forme de TUC (travaux d’utilité collective), ou plus récemment de CES (contrat emploi solidarité). L’approche plus professionnelle a bien entendu considérablement amélioré l’efficacité des chantiers et la rapidité de leur évolution, Et certains sont de véritables réussites.
Revers de la médaille, certaines de ces opérations d’entretien sont allées trop loin, victimes d’une volonté évidente de trop bien faire !

Quelques municipalités tendent aussi à penser qu’un nettoyage bien mené doit avoir des résultats parfaitement visibles...

Pourtant, dans ces opérations, le mieux peut parfois être l’ennemi du bien. Un cours d’eau est en effet un écosystème complexe, dans lequel tous les compartiments sont en interaction, certains étant beaucoup plus sensibles que d’autres. Ainsi, en voulant agir de façon spectaculaire, et souvent aussi à cause d’une relative méconnaissance du fonctionnement écologique d’un cours d’eau, des abus ont été commis, laissant la rivière comme un jardin propre et net : végétation de bordure entièrement coupée et rivière débarrassée de la totalité des dépôts de bois mort et de végétaux qui s’y trouvaient. Bien sur, cela n’a rien à voir avec les actions catastrophiques passées, heureusement. Mais quitte à faire quelque chose d’écologique, autant le faire bien.

De manière naturelle, un cours d’eau est bordée par de la végétation, appelée ripisylve. Elle peut être très importante, mais le plus souvent elle se réduit à une bande de quelques mètres de large dans les zones exploitées par l’homme, agricoles ou urbaines. Lorsqu’elle existe... Pourtant, le rôle de cette bande de végétation est capital. L’éliminer, c’est favoriser l’érosion des berges et l’instabilité du lit du cours d’eau, augmenter les apports de nitrates (en favorisant l’écoulement des eaux d’arrosage) et provoquer un réchauffement de l’eau qui peut atteindre jusqu’à 5° en été. Si le rôle de la ripisylve est aujourd’hui reconnu et le plus souvent intégré par les responsables de l’entretien, l’importance des débris végétaux se trouvant dans le cours d’eau est encore trop souvent oubliée.
Tout amoncellement de débris qui tend à obstruer un cours d’eau, ce qu’on appelle un embâcles joue en effet un rôle particulièrement vital pour la faune et la flore présentes dans la rivière.
Il représente tout d’abord un abri de premier choix pour toutes les espèces de poissons. Dans les rivières de première catégorie par exemple, la densité de truites est étroitement liée à l’abondance de caches. Dans les rivières de montagne, la granulation grossière (majorité de gros graviers) ainsi que les nombreux blocs rocheux offrent des abris en quantité.
Mais dans les cours d’eau de piémont ou de moyenne montagne, les débris ligneux (branches, arbres tombés) contribuent de façon importante au nombre total d’abris, en représentant près de la moitié dans certains cas. Enlever ces débris, c’est réduire d’autant la capacité d’accueil du cours d’eau, et donc bien souvent la quantité de poissons ! Et c’est le plus souvent dans ce type de cours d’eau qu’ont lieu les opérations d’entretien.

Par ailleurs, les embâcles créent des zones profondes, véritables "mini-pools" qui augmentent de beaucoup l’habitat disponible pour les poissons, en particulier pour les sujets adultes, dans les milieux peu profonds. Éliminer systématiquement tous ces embâcles peut revenir à diminuer de façon importante la capacité d’accueil du cours d’eau, notamment pour les plus gros spécimens.
Mais fournir des caches aux poissons n’est pas le seul rôle de la matière fournie par les arbres dans le fonctionnement du cours d’eau. Ils jouent également un rôle très important dans la chaîne alimentaire en servant de nourriture aux invertébrés. Des études ont ainsi observé jusqu’à cinquante fois plus d’insectes sur des dépôts de bois mort que dans des zones ensablées.

Création d’habitat, augmentation de la capacité d’accueil, apport important dans la chaîne alimentaire, les débris ligneux jouent un rôle capital dans le fonctionnement de nos cours d’eau. Ils ne sont en aucune façon le reflet d’un dérèglement de l’écosystème, leur présence étant au contraire tout à fait naturelle. Dans les cours d’eau vierges du nord ouest de l’Amérique, il peuvent représenter jusqu’à 2 000 tonnes par hectare de rivière. Il convient donc de mieux les intégrer dans les opérations d’aménagement et d’entretien des cours d’eau. Et même si il est illusoire de demander de les laisser tous, ne pas les considérer systématiquement néfastes et en laisser quelques-uns serait déjà un grand pas.




En savoir plus :

-  Lexique

Écosystème : ensemble naturel stable où les êtres vivants agissent en interaction avec le milieu inerte. Dans la rivière, l’eau, la roche, la végétation, les poissons, etc., sont en rapport étroit.
Embâcle : gêne ou obstruction du cours d’une rivière, souvent créé par un dépôt de bois mort.
Fascinage : consolidation des berges à l’aide de pièces de bois.
Ligneux : ce qui est lié au bois.
Piémont : base d’une montagne.
Photosynthèse : sous l’action de la lumière, les végétaux chlorophylliens transforment le gaz carbonique en oxygène.
Ripisylve : végétation présente sur les rives des cours-d’eau. On dit aussi "végétation ripicole"
Sédimentation : dépôt solide formé par les particules qui se trouvaient en suspension dans l’eau, comme la vase, par exemple.
Substrat : en géologie, se dit du terrain situé en dessous de celui que l’on considère. En l’occurrence le fond de la rivière.

-  Du bois mort pour les truites

Des études menées dans les Pyrénées ont démontré que la quantité de truites est proportionnelle à l’abondance des abris représentés par la sous-berge, les sous-blocs, les débris végétaux, etc. Leur importance est telle qu’une faible variation de la quantité de caches d’un tronçon de rivière a des conséquences sur l’abondance des truites. Ainsi, si la surface du secteur occupée par des caches passe de 1 % à 2 %, plus du double de truites peuvent vivre. Au-delà de 3 %, l’incidence du nombre d’abris diminue pour devenir nulle au-delà de 5 %. Ainsi, plus la rivière est large, plus les dépôts de bois mort doivent être préservés.

 
 
 

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