Accueil >> Pêche de la truite >> Gestion et aménagement  
 
Voir tous les articles de la rubrique "Gestion et aménagement"
La pêche de la truite
Connaissance de la truite
Pêche à la mouche
Pêche aux appâts naturels
Pêche au vairon manié
Pêche aux leurres
Tactique de pêche
Gestion et aménagement
Le club de la truite
Le jeu annuel
La lettre de la truite
Les cadeaux du site
La boutique
Les Salmonidés
Une grande famille
Les services du site
Les recettes de cuisine
Les petites annonces
Foire aux questions
Les forums
Le niveau des rivières
Information et actualité
Le matériel de pêche
La presse halieutique
Les belles prises du site
Les salons / expos
Le dictionnaire de la pêche
L'art halieutique
Les coins de pêche
Les bons coins en France
Les bons coins à l'étranger
Parcours et réservoirs
L'annuaire de la truite
Zoom sur un site
L'annuaire du site
La pêche en France
Les fédérations de pêche
La pêche et la loi
La réglementation
La réciprocité
Contactez-nous
Administration du site
 
Et si on retardait la fermeture ?
 




Ce titre en forme de boutade masque à peine une véritable interrogation.
En effet, chaque année, des voix s’élèvent pour affirmer que l’avenir des populations de truites passe par une fermeture anticipée de la saison. Marc Delacoste - pêcheur acharné, mais aussi docteur en hydrobiologie - n’est pas du tout de cet avis...

Texte de Marc DELACOSTE
Photos : Christophe BOUET et Christian OLANIER

Avec l’aimable autorisation de

 

De nombreuses contraintes législatives réglementent notre loisir favori : taille minimale des captures, nombre maximal de captures autorisées, période d’interdiction de pêche, modes de pêche interdits temporairement ou en permanence, zones de pêches interdites : la liste est longue. L’objectif de cette réglementation est de permettre une bonne gestion de la ressource piscicole, c’est-à-dire de limiter les prélèvements pour assurer un bon équilibre entre exploitation et protection.
Parmi toutes les mesures, seules quelques-unes sont véritablement importantes pour protéger les populations piscicoles. Ainsi en est-il de la taille légale de capture et des périodes de fermeture. Le but de ces dernières est qu’aucune pression de pêche ne puisse s’exercer durant les périodes cruciales du cycle biologique des poissons, afin qu’ils se reproduisent dans les meilleures conditions. En effet, nous savons que la reproduction naturelle est capitale pour le maintien et l’abondance de nos espèces piscicoles.

Sur le dos des pêcheurs

Pour ce qui concerne la truite, la loi pêche de 1984 définit deux dates de fermeture de la pêche : le 3ème dimanche de septembre ou le 1er dimanche d’octobre, selon les régions concernées. Ces dates sont valables aussi bien en première catégorie (où la pêche est interdite en dehors de la période d’ouverture) qu’en seconde (où la pêche peut être pratiquée, mais où les truites doivent être relâchées). Les dates de fermeture n’ont pas toujours été celles que nous connaissons aujourd’hui. Actuellement, face à la dégradation des populations de truites de certains départements ou de certaines rivières, on assiste à une prise de conscience de la part des pêcheurs et des autorités, et à une volonté de protection croissante. C’est bien, mais insuffisant, car on ne prend pas toujours les choses par le bon bout.
Bien souvent les seules mesures instaurées aboutissent à une complexification croissante de la réglementation de la pêche, et à toujours plus de restrictions... pour les pêcheurs. Un peu comme si ces derniers étaient, si ce n’est les seuls, du moins les principaux responsables des problèmes constatés ici et là. Oubliés les barrages, les pompages, les multiples sources de pollution, en bref, toutes les véritables causes de dégradation du milieu, et donc de diminution des populations piscicoles.
C’est dans ce contexte que des voix s’élèvent de plus en plus souvent pour demander d’avancer la date de la fermeture de la pêche de la truite. Qu’est-ce qui motive cette demande ? Simplement quelques beaux paniers réalisés au cours des dernières semaines de la saison, Ces truites, aux ovaires bien développés (proximité de la période de reproduction oblige), ne vont-elles pas manquer deux mois plus tard sur les frayères ? Ces quelques dizaines de génitrices en moins ne vont-elles pas provoquer un déséquilibre et diminuer le recrutement, c’est-à-dire les nouveaux sujets, conduisant à court terme à une diminution globale de la population ? Voilà, en résumé, les arguments avancés qui sont à l’origine de cette volonté, de réduire la durée de la saison de pêche. La difficulté de ce genre de débat tient souvent à la large part d’affectivité qui y règne, couplée à une vision parcellaire du contexte. Tentons de clarifier la situation.
Il est vrai, tout d’abord, que la fin de l’été, avec le retour de températures plus fraîches et d’orages regonflant un peu des cours d’eau dont les débits étaient au plus bas, marque la réapparition de conditions de pêche favorables. Les pêcheurs de truites savent bien que quelques beaux paniers vont alors succéder à la maigreur des résultats généralement enregistrés en été. Et ces belles parties de pêche seront d’autant plus appréciées que l’on sait qu’elles seront les dernières avant plusieurs mois.
Mais, à en entendre certains, nos rivières à truites sont à cette époque sillonnées par des pêcheurs passant leur temps à remplir leurs paniers. Il ne faut pas exagérer la situation et fantasmer. S’il est indéniable qu’il se fait quelques pêches appréciables à la fin de l’été, il est complètement faux de croire qu’il suffit de tremper sa ligne pour prendre une truite. Même quand les conditions redeviennent favorables, chaque truite se mérite, et la pêche n’est jamais facile. Autre point important, d’ordre psychologique : une truite tuée en fin de saison a des ovaires déjà très développés, ce qui marque toujours les esprits. Le « A quelques jours près, elle pondait  » conduit à une culpabilisation à laquelle peu de pêcheurs échappent.

Le facteur limitant

Mais les considérations affectives perturbent toujours les raisonnements. Si l’on tente de rester objectif, la seule véritable question à se poser est : « Les truites attrapées (et tuées) au cours des toutes dernières semaines de la saison vont-elles réellement avoir des conséquences sur le recrutement futur ? »
Pour répondre à cette question, il faut raisonner en terme de facteur limitant. De nombreux paramètres contrôlent et limitent une population piscicole. Mais il en existe toujours un qui agit plus que les autres. C’est ce que l’on appelle le facteur limitant. Prenons l’exemple d’une voiture. Son bon fonctionnement est tributaire d’un tas de paramètres. Mais même si tout le reste est en ordre, le jour où vous n’avez plus d’essence, elle n’avance plus. C’est un peu le même principe avec les écosystèmes et les populations animales. Il suffit qu’un paramètre soit défavorable pour qu’il devienne le principal facteur de contrôle.
Pour les truites, l’habitat, les débits, la qualité de l’eau, la quantité et la qualité des frayères sont les principaux facteurs qui contrôlent l’abondance d’une population. Vous avez sans doute noté que le nombre de géniteurs n’y figure pas. Ce n’est pas parce qu’il ne joue aucun rôle, mais parce qu’il n’agit qu’à un niveau secondaire. Et il n’est qu’exceptionnellement le principal facteur de contrôle de la population, c’est-à-dire le facteur limitant. Augmenter le nombre de géniteurs dans ce contexte n’aura donc que peu d’effets, voire aucun.
Pour reprendre l’exemple précédent de la voiture, si le facteur limitant est le manque d’essence, changer les pneus ou les bouffies n’améliorera pas la situation. La voiture ne roulera pas tant que vous n’aurez pas agi sur le véritable facteur limitant, c’est-à-dire sur le niveau d’essence.

Les véritables causes

Il existe, en outre, des mécanismes compensatoires importants chez les poissons. Que les géniteurs soient plus ou moins abondants agit peu sur la quantité d’adultes que l’on va retrouver trois ans plus tard, du moins tant que le nombre de géniteurs ne descend pas au-dessous d’un seuil limite, en deçà duquel, c’est vrai, il devient alors limitant. Mais ce seuil est très bas, et il est rare qu’on l’atteigne. En revanche, pour le développement de la population, les conditions de survie des oeufs et des alevins sont autrement plus importantes que le nombre de géniteurs.
Bien sûr, certaines rivières autrefois bien peuplées font aujourd’hui peine à voir. Mais elles n’en sont pas là parce que le nombre de géniteurs est devenu trop faible : si la population a autant diminué, c’est qu’un autre facteur s’est modifié. Et c’est systématiquement du côté de l’habitat qu’il faut chercher - et trouver - la cause de ce dérèglement.
En revanche, dans les rivières en bonne santé, la reproduction est souvent excédentaire par rapport au nombre de truites qui peuvent y vivre.
Les limitations actuelles sont suffisamment importantes, et efficaces : une taille légale bien adaptée, des quotas pour limiter les pêcheurs les jours fastes, les restrictions naturelles que sont les « jours sans », et l’éducation des truites. Battons-nous plutôt contre les véritables causes des problèmes, plutôt que de passer notre temps à penser qu’un arsenal de mesures représente la solution des maux de nos rivières. Quand une rivière marche bien, elle produit beaucoup de truites. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas à cause des pêcheurs, rassurez-vous.

N’interprétez pas mal mes propos : si le sort de nos truites était suspendu à quelques semaines de pêche en moins, je serais le premier à réclamer des mesures allant en ce sens. Mais avancer la date de fermeture ne changera rien à l’affaire. C’est simplement une contrainte supplémentaire, dont on sait que les résultats à en attendre seront nuls ou, au mieux tellement réduits que personne ne verra la différence.

 
 
 

Espace publicitaire pechedelatruite.com

Copyright © Pechedelatruite.com