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Une fausse bonne idée
 




Face aux piètres résultats des alevinages, à de rares exceptions près, la solution d’élever des souches de truites sauvages gagne de plus en plus de terrain. Mais sous un aspect séduisant, cette option de gestion n’est-elle pas une fausse bonne idée ?

Texte de Marc DELACOSTE
Photos : Jérôme Aussanaire et Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de

 

Q’elles soient basées sur le marquage des truites introduites ou sur l’analyse génétique des populations en place, de nombreuses études ont démontré de façon évidente que les « repeuplements de fond » - c’est-à-dire ceux-là même sur lesquels on comptait pour augmenter les effectifs - avaient à de rares exceptions près failli à leur mission. Difficile pourtant d’imaginer que ces millions d’oeufs, alevins ou truitelles, déversés chaque année, meurent dans leur immense majorité. Pour quelles raisons ? Très vite, les souches élevées en pisciculture ont été mises en cause. On les a dit « abâtardies » par toutes les générations passées en pisciculture et surtout trop différentes de celles de nos rivières. Il est vrai que ces souches, provenant pour beaucoup d’Europe du Nord, n’ont pas grand-chose à voir avec nos truites du Massif central, des Pyrénées ou des Alpes. Ainsi, un nouveau concept a vu le jour pour expliquer la défaillance des alevinages : puisque les truites déversées ne survivaient pas, au lieu de penser que l’état des rivières ne permettait pas d’en accueillir plus, on s’est dit qu’elles n’étaient pas adaptées à nos rivières ! Et qui l’est mieux que nos souches sauvages, fruits d’une sélection millénaire ? La boucle était bouclée !

Trop simple...

Pour résoudre tous les problèmes, il suffisait de remplacer les souches de pisciculture par des souches prélevées dans nos rivières. Le concept était lancé : on allait élever des truites sauvages ! Mieux adaptées, elles survivraient mieux, se reproduiraient mieux et, comme elles sont sauvages, elles ne pollueraient pas génétiquement les souches sauvages de nos rivières. Que des avantages !
Cette idée séduisante et teintée d’une logique en apparence imparable n’est pourtant pas aussi judicieuse que ça. Car elle est basée sur l’hypothèse que c’est le patrimoine génétique de la souche élevée qui est à l’origine de la faiblesse des survies des poissons, une fois déversés en rivière, sur le postulat que des « souches sauvages » produisent des truites adaptées aux rivières. C’est ignorer une donnée de base : la pression sélective de la pisciculture. En effet, en comparant simplement les premiers mois de vie des truites en pisciculture et en rivière, on se rend compte d’une différence fondamentale : le comportement territorial, à la base de la vie en rivière, est au contraire incompatible avec la vie en pisciculture. Posséder un potentiel génétique qui conduit à l’expression d’un comportement territorial farouche rend donc la vie en pisciculture quasi impossible. À l’inverse, toute truite dont le comportement territorial ne s’exprime pas et qui accepte de vivre en très forte densité - plusieurs milliers d’alevins dans des bacs de quelques mètres carrés - va très bien s’adapter à la pisciculture. Les conditions d’élevage vont donc sélectionner les truites peu territoriales et défavoriser celles dont ce caractère s’exprime - et qui donc bien souvent vont mourir. En rivière, c’est exactement l’inverse qui se passe, les truites sachant défendre leur territoire sont avantagées. La recherche et la défense des postes de nutrition les plus avantageux du point de vue énergétique est primordial à la vie en rivière. Et la majorité des truites qui ont passé plusieurs mois en pisciculture n’ont pas ce comportement, qu’elles proviennent de géniteurs sauvages ou non. Je ne suis pas en train de dire que les alevinages avec des souches de pisciculture échouent parce que le comportement territorial fait défaut à ces poissons. J’ai simplement pris cet exemple pour démontrer que ce sont plus sûrement les conditions d’élevages que le potentiel génétique de départ - la souche élevée donc - qui vont décider du comportement des truites à la sortie.

La pollution génétique

Tous les pisciculteurs qui ont tenté d’élever des truites sauvages ont constaté que la première génération s’adaptait mal aux conditions de pisciculture. La survie est généralement faible. La seconde génération, en revanche, donne de bien meilleurs résultats. C’est tout simplement qu’elle est issue des survivantes de la première, donc des plus adaptées aux conditions d’élevage. Et qu’elles ont transmis ces caractères à leur descendance. Ainsi, plusieurs générations d’élevage conduisent à une forte sélection de poissons adaptés aux conditions particulières de la pisciculture - si différentes de celles de la rivière. Mais voilà, si l’objectif de l’élevage de « souches sauvages » est de garantir une meilleure survie en rivière grâce à un comportement plus « naturel », c’est compromis !
On peut également choisir d’élever des souches sauvages avec comme objectif principal d’éviter la pollution génétique due aux quelques reproductions des truites survivantes des alevinages. Mais cela pose un autre problème : quelle souche choisir ?
Les études génétiques ont en effet démontré que la diversité est très importante à l’échelle de la France et qu’elle s’exprime entre chaque bassin, voire entre chaque sous-bassin. On a l’impression qu’il suffit de chercher des différences pour les trouver ! Il apparaît assez logique que chaque cours d’eau ait sélectionné « sa » souche, dissemblable de celle du cours d’eau voisin. Mais alors comment faire ? _ Faut-il élever toutes les souches de tous les cours d’eau que l’on souhaite aleviner ? Impossible. Faut-il alors faire un compromis et élever une souche « intermédiaire », qui ne soit pas très différente de l’ensemble des souches du bassin en question mais pas vraiment la même non plus ? Pas très satisfaisant et en tout cas pas vraiment conforme à l’objectif de départ. Et enfin, sur quels critères choisir ? Le recours à des spécialistes, utilisant des techniques reconnues - analyses génétiques ou morphologiques - est fondamental. C’est mieux que d’avoir recours, comme souvent, aux « sorciers locaux » qui ne jurent que par les deux points rouges sur l’adipeuse ou je ne sais quel autre critère farfelu ! Vous le voyez, cette idée de l’élevage des souches sauvages, pour aussi séduisante quelle paraisse, a tout de la fausse bonne idée. Et s’il ne faut pas complètement l’abandonner - car elle peut s’appliquer à certains cas particuliers -, on aurait tort de penser qu’elle constitue la panacée. C’est comme l’idée que les alevinages vont enrichir nos cours d’eau.

Faire le tri

L’énergie et les moyens nécessaires à l’élevage de souches sauvages peuvent en outre être avantageusement réinvestis dans une démarche plus rationnelle et aux résultats plus bénéfiques. Inventorier les problèmes de nos cours d’eau, faire le tri entre ceux qui nécessite des alevinages ou, ceux qui peuvent très bien s’en passer. Tenter de comprendre ensuite pourquoi les premiers en ont besoin et si la « source du mal » est « résorbable ». Et ensuite seulement, réfléchir à la souche qu’il convient d’utiliser pour les repeuplements. Mais si cette démarche est bien faite, il ne reste plus beaucoup de rivières à aleviner...

 
 
 

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