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Pour beaucoup, les truites sauvages ne sont qu’un lointain souvenir, du temps où il faisait bon vivre, où les rivières étaient belles et les pêches miraculeuses.
Faux, dit Marc Delacoste, pour qui ces poissons natifs, ou de souche, sont encore bien présents dans nos cours d’eau.

Texte de Marc DELACOSTE
Photos : Christophe BOUET

Avec l’aimable autorisation de

 

Est-ce dû à une forme de morosité ambiante ? Est-ce ce pessimisme teinté de mélancolie, qui colle aux discours des pêcheurs depuis quelque temps, et qui veut que "mon pauv’monsieur, tout est foutu et si vous aviez vu avant !" Toujours est-il que parmi les rengaines et complaintes maintes fois entendues, voire rabâchées, la disparition des truites sauvages tiendrait certainement une place d’honneur si l’on devait établir un classement. Entretenue par quelques "responsables irresponsables", peu ou mal informés - laissons-leur le bénéfice du doute... -, par certains articles aussi faussement scientifiques que volontairement racoleurs, cette idée s’est peu à peu insinuée dans l’imaginaire collectif. Et si aujourd’hui vous demandez à un pêcheur si les poissons qu’il prend sont sauvages, il y a de fortes chances qu’il vous rie au nez et vous réponde que « des truites sauvages, y’en a eu, mais aujourd’hui y’en a plus".

Prête à confusion

Avant d’aller plus loin et d’essayer de faire le point sur cette question en toute objectivité, il n’est sans doute pas inutile de définir les mots que nous allons utiliser, de manière à tous parler de la même chose. Le terme "sauvage" peut recouvrir plusieurs notions et donc prêter à confusion. Pour certains, il signifie les truites nées dans la rivière. Mais celles-ci peuvent posséder dans leur ascendance des truites issues d’alevinages. Elles sont donc nées dans la rivière, mais ne sont pas "de souche", comme on l’entend parfois. La majorité des espèces qui peuplent les rivières de 1ère catégorie des régions truiticolles sont issues de la reproduction naturelle et sont donc sauvages. Toutefois, ce n’est pas forcément à elles que songent ceux qui proclament la disparition des truites sauvages. Ils parlent en fait des truites "de souche", c’est-à-dire des poissons appartenant à la souche génétique que la rivière en question a sélectionnée au cours des derniers millénaires. Dans ce cas, le terme "natives" est mieux approprié et c’est celui que nous utiliserons ici. Si la présence de nombreuses truites sauvages, au sens de "nées dans la rivière", ne fait aucun doute dans les cours d’eau des régions truiticolles - si certains en doutent, ils n’ont qu’à aller se promener au bord des rivières en novembre pour y voir les truites frayer, puis regarder les bordures à alevins à partir de la fin du printemps -, en est-il de même pour les natives ? Ce qui peut revenir à se demander si nous pêchons aujourd’hui les mêmes truites que nos pères et grands-pères avant nous. Avant de tenter une réponse, essayons de comprendre pourquoi elles sont censées être "portées disparues". Lorsqu’on discute avec les prophètes de mauvais augure, deux raisons sont inévitablement avancées pour expliquer ce phénomène : la dégradation générale de nos cours d’eau et les alevinages.

Pollution ou alevinage ?

La première est bien réelle, mais il faut aussi reconnaître qu’elle ne touche pas de manière égale tous nos cours d’eau. Quantité d’entre eux sont encore en état, et je ne peux ici que reprendre le diagnostic général du réseau hydrographique français établi par les PDPG, et communiqué par le CSP. On y découvre que seulement 15 % des rivières à truites seraient dégradées, alors qu’à l’opposé 25 % sont encore en très bon état. Cela dit, un milieu perturbé ne provoque pas la disparition des natives pour autant. Car dans bon nombre des 60 % de rivières polluées, la reproduction naturelle fonctionne, et parfois même plutôt bien. Les abondances de truites y sont parfois très satisfaisantes ; elles ne sont simplement pas ce qu’elles devraient être. Certes, c’est préoccupant mais ça ne veut surtout pas dire qu’il n’y en a plus - la nuance est de taille ! Ce qui amène aux alevinages. Chaque année, des quantités très importantes de truites issues de piscicultures sont introduites dans nos rivières à différents stades de développement, depuis les boites Vibert jusqu’aux surdensitaires. Dans certains cas, ces volumes peuvent être équivalents, voire supérieurs à ceux des poissons qui peuplent déjà la rivière réceptrice. Or, ces truites sont la plupart du temps génétiquement très distinctes de celles qui habitent naturellement dans nos cours d’eau. De là à penser qu’elles ont peu à peu remplacé nos populations natives, il n’y a qu’un pas, que beaucoup n’ont pas hésité à franchir... En outre, bien souvent, ce sont les mêmes qui proclament que les alevinages ne fonctionnent pas, alors qu’à les écouter, ces derniers auraient fait disparaître les natives, allez comprendre...
Qu’indiquent les études scientifiques réalisées sur le sujet ? Elles sont de deux ordres. Génétiques tout d’abord. Elles montrent que la plupart des truites qui vivent dans les rivières analysées sont des natives. Que dans la majorité des cas, peu de gènes de pisciculture ont été retrouvés.

Des résultats parlants !

Sur l’Orb, par exemple, Dominique Baudou n’en a comptabilisé que 13 %, alors que les introductions sont ici aussi très nombreuses.
Dans un secteur de la rivière Aude, Patrick Berrebi, de l’université de Montpellier, a recensé 98 % de gènes des espèces natives de cette région.
Par conséquent, il faut en déduire que les populations sont en général peu influencées par les alevinages, ou si vous préférez, que la pollution génétique reste faible dans bon nombre de rivières. Ce qui signifie que pour l’essentiel, les truites observées sont natives. D’autres études se basent sur les caractéristiques morphologiques des truites. Développée dans notre pays par Jean-Marc Lascaux, cette approche exploite l’analyse des caractères "héritables", donc fixés génétiquement, tels les ornementations de la robe (points rouges et noirs) et des nageoires, couplés à de puissantes statistiques. Conclusion, lorsqu’une région est passée au crible, on observe généralement une certaine homogénéité des poissons d’une même rivière, mais en revanche, une importante variabilité entre les truites des différents bassins ou sous-bassins. Dans la plupart des cas, elles ne s’apparentent pas aux espèces de pisciculture.
Enfin, les truites élevées étant globalement les mêmes dans toutes les piscicultures, s’il n’existait plus de natives, on trouverait le même type de poissons dans tous les milieux de l’Hexagone. Logique imparable. Or, que remarque-t-on ? Que les spécimens de tel cours d’eau sont ponctués de gros points rouges ; que dans tel autre, ils comptent des centaines de petits points noirs ; que dans un dernier cas enfin, ils sont très peu mouchetés et que les points sont rassemblés sur l’avant du corps. Et qu’au final, il existe en France encore aujourd’hui une formidable diversité de truites ce qui montre bien que celles-ci toutes différentes entre elles sont des natives, c’est-à-dire de souche, pour reprendre cette expression. Ces observations rejoignent ainsi celles des études génétiques.

Les petits milieux

Bien sûr, il y a des rivières ou des régions moins préservées que d’autres. Certains cours d’eau révèlent par exemple d’importants taux d’introgression (taux de gènes issus des truites de pisciculture), ce qui traduit une forte influence des alevinages sur le long terme. Mais il faut relativiser. Car le plus souvent, il s’agit de petits cours d’eau abritant des populations réduites. En outre comme par hasard, ce sont presque systématiquement des milieux qui ont subi ou qui subissent toujours des perturbations élevées, souvent d’origine humaine. Les natives ont à un moment donné nettement diminué, favorisant ainsi l’implantation dans des "territoires" devenus libres d’espèces issues de pisciculture. On dit que la nature a horreur du vide. Mais en dehors de ces cas précis, dans les rivières des vraies régions truiticolles (la Franche-Comté, les Alpes, le Massif Central, les Pyrénées), la majorité des truites observées ou capturées sont sauvages, et surtout natives.
Est-ce que les alevinages n’ont aucun taux de réussite et ne sont donc d’aucune utilité ? Ce n’est pas si simple. Et il ne faut pas faire dire à ces résultats ce qu’ils ne peuvent pas. Simplement, peu de truites issues de pisciculture participent à la reproduction, ce qui ne signifie pas qu’elles ne contribuent pas aux captures des pêcheurs. Finalement, que tous ces poissons introduits n’aient que peu frayé et n’aient, par la même occasion, que peu ou pas "pollué génétiquement" nos natives, c’est plutôt une sacrée bonne nouvelle ! Cela veut-il dire pour autant qu’on ne doit rien changer ? Certainement pas. La voie de la gestion patrimoniale permet tout à la fois économies - et donc moyens concentrés là où c’est nécessaire - et protection des espèces natives. Car si les études sont claires sur le fait que la plupart des truites analysées sont natives, elles mettent également en évidence que quantité de populations possèdent aujourd’hui un certain pourcentage de gènes de pisciculture. Or, la protection des truites natives, ou des souches sauvages, comme on voudra, doit être un des objectifs majeurs des gestionnaires. Ne le perdons jamais de vue.

 
 
 

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