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Publié en ligne le lundi 2 octobre 2006
 




Quand on pêche depuis plusieurs années au vairon mort manié, on pense pouvoir connaître parfaitement sa pêche et être capable d’analyser et de comprendre la moindre situation. La plus petite sensation ressentie dans le blank de la canne ou le plus léger mouvement du nylon nous semble alors familier et il nous parait simple d’y donner une signification plausible en se basant sur ses propres expériences.
Cependant, dans cette pêche essentiellement tactile, même si bon nombre des signaux que l’on ressent sont conformes à l’interprétation que l’on en a, il peut parfois exister une distorsion importante entre ce que l’on pense être et ce qui se passe réellement sous l’eau.

Texte, dessin et photographies Christophe Bouet

 

La pêche au vairon mort manié est une pêche particulièrement subtile où tout est question de perception tactile. En action de pêche, chaque mouvement du vairon et de la monture sur laquelle il est monté sont en permanence transmis au pêcheur par l’intermédiaire de chocs plus ou moins appuyés dans la canne et le poigné, de tensions plus ou moins nettes ou de vibrations plus ou moins importantes. De ces informations subjectives, avec un peu d’expérience de pêche, on arrive assez simplement à décrypter ces messages tactiles pour en interpréter le sens : choc sur le fond, accroche dans une souche ou un herbier, tape sur un caillou, « coup de nez » d’une truite, petit ou gros poisson, courant soutenu ou non, etc ...
Ainsi, plus le pêcheur acquière de l’expérience et plus il arrive rapidement à décoder ces signaux pour en traduire le sens. A un certain degré d’expérience on pense alors que l’on arrive à maîtriser complètement sa pêche et on imagine presque avoir des yeux à la place de la monture ... Jusqu’au jour où, à la vue d’une truite ce saisissant de son vairon dans une rivière aux eaux suffisamment cristallines et limpides pour en discerner parfaitement la scène, on découvre que l’assurance que l’on accordait à notre interprétation des faits n’est pas aussi fiable que l’on pouvait l’imaginer !

Des touches souvent brutales

La plupart du temps, au vairon mort manié, on perçoit assez nettement la touche dans le poigné. La détection très franche et sans ambiguïté de la prise de la monture est pratiquement toujours la conséquence d’une truite qui attaque le vairon par le travers et il est alors aisé de ressentir immédiatement par résonance le choc brutal conduit par le nylon lorsque la course de la monture s’arrête. Pour nous aider dans la perception de la touche, un signal visuel vient lui aussi assez souvent précéder la sensation tactile sous la forme d’un éclair blanchâtre qui se produit sous la surface à l’endroit ou la monture est sensée se trouver. Sauf en eau profonde et/ou particulièrement mâchée, ce halo clair est bien visible si l’on est normalement attentif au trajet de sa monture lors de la récupération et l’on pourra alors deviner que la touche va avoir lieu quelques dixièmes de secondes avant de la ressentir. Ce signe annonciateur de l’attaque d’une truite est simplement dû à la couleur blanche de la cavité buccale de la truite qui la trahit lorsqu’elle ouvre sa gueule et écarte ses ouïes pour se saisir de sa proie. De plus, à la faveur d’une rivière aux eaux parfaitement cristallines, j’ai aussi pu constater que ce repère visuel blanchâtre était complété par le léger basculement caractéristique sur le plan horizontal de dame fario lorsqu’elle prend le poissonnet, ce qui a pour effet de laisser entrevoir le blanc de son ventre au moment ou elle va finaliser la capture et refermer la gueule sur sa victime (voir croquis n°1).
Toutefois, même si ces conditions sont fréquentes, l’attaque d’une truite n’est pas toujours aussi évidente à détecter car notre belle sauvage n’a pas toujours un comportement identique lorsqu’elle attaque sa proie et si l’on veut réussir sa pêche en dehors des périodes fastes ou les truites prennent franchement par le travers, il faut nécessairement comprendre leurs différents comportements.

Des comportements différents

Sillonnant notre beau pays à la recherche de notre jolie mouchetée, j’ai très fréquemment l’occasion de pêcher des rivières particulièrement pures où l’eau limpide et lisse me permet régulièrement d’en savoir d’avantage sur le comportement de la truite et de comprendre les autres scénarios possible mis en œuvre par dame fario pour attaquer un vairon.
Cette observation constructive et riche en enseignement m’a aidé et m’aide encore à mieux interpréter les signaux visuels et tactiles auxquels tout pêcheur au vairon mort manié est confronté. Car la pêche à vue reste rare et cette compréhension des mécanismes d’attaque est indispensable dans la majorité des eaux pour nous aider à traduire correctement les différents signaux et faire qu’il n’y ai plus de distorsion entre ce que l’on pense être et se qui se passe réellement sous la surface.
A la suite de longues périodes d’observation, je peux maintenant affirmer sans hésiter qu’une truite est capable de se déplacer de fort loin pour se saisir d’un poissonnet animé par une monture. Ce comportement n’a, me semble t-il, pas d’équivalence dans les autres techniques de pêche car dans certain cas on a vraiment à faire à des « truites suiveuses » qui vont accompagner le vairon sur plusieurs mètres sans l’attaquer. Parfois, un bref arrêt suivi d’un redémarrage ou simplement une petite accélération, un changement de direction va décider la truite à prendre. Dans ce cas, souvent emportée par son élan et dans la mesure où elle se trouve dans l’axe de la trajectoire de la monture, la truite aspire simplement le vairon et aucun choc n’est perceptible lors de l’engamage du poissonnet (voir croquis n°2). En général, le pêcheur peu expérimenté ne s’apercevra pas de la touche et seul ceux qui auront en permanence les yeux fixés sur leur fil pourront deviner qu’une truite vient de prendre, ou tout au moins que la ligne n’a pas un comportement normal.
Cette manière de faire, pas si inhabituelle que cela chez la truite, me conforte dans la nécessité d’accorder une part importante à l’aspect visuel de la pêche dans la technique du vairon mort manié. Car pour tous les pêcheurs qui ont pour habitude de se fier uniquement à la sensation tactile seront inévitablement privés des touches des truites qui vont suivre la monture. N’avez-vous jamais pesté contre les nombreux « loupés » des truites « qui ne prennent pas franchement » ?

Il est un troisième comportement tout aussi fréquent que celui que je viens d’évoquer ; celui de la truite qui « tape » sur le vairon sans le prendre, dans le but probable de chasser un intrus hors de son territoire. C’est un comportement typique que j’ai observé à maintes reprises lorsque l’on recherche le poisson à proximité de ses postes de repos, en dehors des phases alimentaires.
Cette façon de faire, très intéressante et enrichissante lorsque l’on a des conditions idéales d’observation est à contrario particulièrement stressante et énervante lorsque l’on ne voit rien du tout. En fait, le pêcheur ressent uniquement une « tape » sur sa monture, un petit choc bref, voir un léger « gratouillis » sans suite. Au mieux, cette sensation se renouvelle une ou deux fois et peu, dans certain cas, déboucher sur la touche attendue. Mais, la plupart du temps, malgré les lancers successifs, rien ne se passe et la truite ne réitère pas son attaque, ou se que l’on a supposé avoir été une attaque. Dans ce cas de figure, il devient particulièrement intéressant et même captivant, de voir directement ce qui se passe sous l’eau lorsque des conditions exceptionnelles le permettent. J’ai pu ainsi constater qu’à la vue du poissonnet qui passe à proximité de son refuge, une truite peu effectivement surgir brusquement et s’élancer jusqu’à sa proie au point de la toucher du bout du nez sans forcément l’engamer. Parfois, il arrive qu’elle le saisisse en l’aspirant mais elle le recrache systématiquement dans la demi seconde qui suit (voir croquis n°3). Le temps ou la truite a le vairon en gueule est tellement court que la réaction à la sensation du léger toc dans la ligne ne permet que rarement au pêcheur de ferrer à temps. Par contre, ce type d’attaque très rapide est très souvent suivi d’autres attaques du même type. C’est pourquoi il faut impérativement poursuivre son animation et ne pas ramener à toute vitesse sa monture dès la première « tape ». Je comprends tout à fait le désir de certain pêcheur qui ne sont pas encore bien sûr de leur technique de vouloir vérifier que le poisson-appât est effectivement marqué par des traces de dents, mais ramener rapidement sa monture à de fortes chances de faire partir la truite dans son repaire et on prend alors le risque de ne plus pouvoir la faire sortir de nouveau. Au contraire, si l’on poursuit l’animation après la première touche et le ferrage « dans le vide », on peut très légitimement espérer une deuxième ou une troisième attaque et là, après un ferrage appuyé et court, on a de sérieuses chances de pouvoir concrétiser la capture tant espérée.

Les leçons de l’observation visuelle

Interpréter les sensations transmises par la ligne est loin d’être évident et l’on commet parfois des erreurs si l’on n’a pas eu la chance de pouvoir observer visuellement la réaction d’une truite face à une situation donnée.
Cependant, de toutes les séances de pêche qui se sont finalement transformées en séance d’observation, je pense que ce qui m’a le plus stupéfait est la capacité d’un vairon habillement manié à transcender le comportement d’une truite. En effet, à sa vue, lorsque celui-ci est correctement animé, le poissonnet et sa monture peuvent mettre une truite dans un état d’excitation que je n’ai jamais retrouvé dans aucune autre technique de pêche. Loin d’avoir une expérience sans limite, que se soit avec un leurre artificiel, une mouche ou un appât vivant, je n’ai jamais vu ou pu observer un tel comportement frénétique chez la truite. Elle peu alors revenir à plusieurs reprises sur sa proie, suivre sur plusieurs mètres la monture ou perdre immédiatement toute retenue face à ce leurre diablement efficace.
J’ai encore en mémoire le comportement d’une belle sauvage franc-comtoise, zébrée à souhait et garantie pure souche locale, qui est revenue à 5 reprises sur le vairon de Mickaël qui n’en croyait pas ses yeux. Elle le poussait du bout du nez, effectuait un manège désordonné puis « retapait » jusqu’au moment ou elle le pris vraiment en bouche et qu’un ferrage sec lui fit enfin comprendre son erreur. J’entends dire d’ici que c’est un comportement que l’on doit uniquement à des poissons issus de pisciculture ou éventuellement à des « bébés truites ». Mais, ne vous en surprenne, ce n’était ni l’un ni l’autre puisque ce poisson accusait la taille respectable de 48 cm et que sa robe ne laissait aucun doute sur son origine. Même si se comportement reste inhabituel, il n’en ai pas pour autant rare, et la capture est possible si l’on sait interpréter les sensations transmises par le nylon et comment la truite peu réagir.
Par contre, quel que soit l’un des trois cas de figure que l’on vient d’évoquer, il est aussi vrai qu’une truite qui commence une attaque qui va s’interrompre, ne renouvellera très certainement pas son attaque sur les lancers qui vont suivre. Car en général, une truite qui va cesser son attaque soit parce que le vairon sera hors de portée, qu’il sera ramené trop rapidement à la suite de la première tape ou que le ferrage l’aura alerté du danger, retournera sur son poste et toute nouvelle tentative la laissera apathique. Ce n’est pas toujours vrai mais c’est très souvent le cas sur des truites sauvages ou devenues telles. C’est aussi l’un des enseignements de la pêche à vue : Soigner son premier lancer lorsque l’on commence à pêcher un nouveau poste car ce dernier sera peut être le seul à pouvoir être productif.

C’est de cette expérience et des conclusions que j’ai pu faire en observant le comportement des truites par eaux basses et claires face à mon vairon manié que j’ai pris conscience du manque de précision qu’il existe entre les informations qui me sont transmises tactilement et visuellement et ce qui se déroule véritablement sous l’eau. Ainsi, même s’il n’est pas toujours facile de pouvoir tirer son épingle du jeu en dehors des périodes fastes de début d’année, tout devient alors possible quand on sait comment interpréter les signes de ce qui se passe vraiment de l’autre côté du miroir.

 
 
 

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