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La pêche à la bohémienne
Publié en ligne le mardi 1er mai 2007
 




En matière de pêche au vairon mort manié, les pêcheurs de truite ont l’avantage d’avoir à leur disposition un large choix de montures leur permettant de faire face à toutes les situations de pêche. Pourtant, malgré son efficacité indéniable, il en est une qui reste souvent délaissée en dehors de sa région d’origine et qui semble boudée par les adeptes croissants de cette technique pleine de subtilité. Dommage, car pour déloger nos plus belles mouchetées des courants puissants et des zones profondes, je connais peu de montures qui puissent être aussi efficaces que la "Bohémienne".

Texte, dessin et photographies Christophe Bouet

 

Il était un temps où on ne pêchait qu’avec un seul type de monture d’un bout à l’autre de la saison. Cette dernière n’était jamais remise en cause et on l’utilisait avec plus ou moins de réussite quelles que soient les circonstances, les configurations des postes prospectés ou les conditions de pêche. Il était alors bien plus simple de changer de poste - donc de poissons - que de chercher à évoluer. A cette époque révolue, les poissons étaient encore abondants et très certainement bien moins éduqués que ceux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.
Pour réussir, les pêcheurs au vairon mort manié ont dû s’adapter et comprendre que les résultats de leur pêche étaient obligatoirement dépendants d’une évolution nécessaire de leur technique et de l’utilisation d’une monture appropriée et spécifique aux lieux prospectés.
Ces derniers, à l’imagination particulièrement fertile, ont alors inventé une grande diversité de montures destinées à palier à toutes les situations et permette ainsi de pouvoir pêcher efficacement. Ainsi, chaque région a vu apparaître, en fonction des caractéristiques locales de leur rivière, des montures parfois très différentes les unes des autres mais toujours adaptées à leur lieu d’origine.

Une origine Savoyarde.

Pays des eaux vives et puissantes par excellence, la Savoie n’a pas été en reste et peut très certainement s’accorder la paternité de la "Bohémienne" même si son origine reste tout de même mal connue. Comme son nom l’indique, ce sont les gitans qui ont été à l’origine de cette monture avec laquelle ils réalisaient à l’époque des pêches impressionnantes. Ces derniers, que l’on connaît pour être des hommes bien plus préoccupés à "rentabiliser" le temps qu’ils passaient à la pêche plutôt qu’à rechercher un quelconque plaisir dans l’acte lui-même, ont toujours eu la réputation d’être de redoutables "braconniers". Dès lors, en tenant compte de leur principale motivation et bien sûr de leurs réussites régulières, il apparut logique que la monture mise au point par ces derniers n’était finalement pas si marginale qu’elle pouvait le laisser croire ..... et qu’elle était en mesure de leurrer nombre de truite !
Tout naturellement reprise par la suite par les pêcheurs de truite de Savoie, du Jura et de Suisse, cette monture munie d’une plombée fixe en tête, parfaitement adaptée aux rivières tumultueuses et aux courants soutenus, a été tout simplement baptisée "monture bohémienne".
Et ce n’est pas non plus un hasard si Ludovic Briet, Haut-Savoyard et guide de pêche professionnel reconnu dans le petit monde des pêcheurs de truite, enseigne à ses stagiaires qui veulent s’essayer à la technique du vairon mort manié les rudiments de la pêche à la "Bohémienne". C’est en effet une technique qu’il utilise fréquemment et qu’il maîtrise parfaitement, tant dans sa mise en œuvre que dans son utilisation. Très attaché à son terroir, Ludovic nous avoue d’ailleurs volontier qu’il considère la "Bohémienne" comme une monture à vairon mort manié incontournable et qu’elle lui laisse encore de mémorables souvenirs dans les Dranses savoyardes, rivières qu’il connaît parfaitement.

Une monture simple et efficace.

Dans son principe, la "Bohémienne" n’a rien de bien compliquée : C’est un axe en tresse de gros diamètre sur laquelle sont montés en son centre deux hameçons simples ligaturés l’un à l’autre afin d’obtenir un hameçon double et en queue de celle-ci un troisième hameçon simple placé à 3 centimètres des deux précédents. En tête de la "Bohémienne", la tresse forme une boucle dans laquelle sera enfilé le casque et noué le bas de ligne.
Pour le montage, il suffit de faire passer la boucle de tresse par l’ouïe du poisson appât pour la faire ressortir par la bouche, de piquer l’hameçon de queue dans le tiers inférieur du poissonnet et de ligaturer l’association des deux hameçons simples contre le corps du vairon. C’est de la ligature que va dépendre la solidité du montage, car il faut véritablement "saucissonner" le vairon par 4 ou 5 tours de fil. Faites attention toutefois de ne pas trop déformer pour autant le vairon en serrant excessivement la ligature car il faut tout de même qu’il conserve un aspect naturel. Même en préparant soigneusement les montures chez soit, il faut tout de même 4 ou 5 bonnes minutes pour ligaturer convenablement le vairon au bord de l’eau. Il faut donc faire preuve d’adresse et surtout de patience si l’on veut la réaliser correctement. Pour cette ligature, vous pouvez utiliser un petit morceau de fil de nylon ou mieux, un brin de tresse usagé qu’utilisent habituellement les pêcheurs de carnassiers. Evitez les fils de coton qui finissent par se détendre dans l’eau et ne remplissent plus leur rôle ensuite.
Quand le montage est réalisé, il ne reste plus qu’à passer le casque dans la boucle de tresse pour venir coiffer la tête du vairon. En ce qui me concerne, je casse un cure-dent en bois dans l’orifice du casque une fois monté pour solidariser l’ensemble et éviter que le casque ne puisse remonter sur le fil. C’est un détail me direz-vous mais par expérience, dans la pêche de notre belle mouchetée, ce sont tous ces petits plus qui peuvent faire la différence.
Le montage, malheureusement assez long et délicat si l’on veut le réaliser avec soin, est très probablement à l’origine de sa désaffection de la part des pêcheurs au vairon mort qui sont finalement assez peut nombreux à l’utiliser.

Des variantes intéressantes.

Toutefois, afin de faciliter ce montage un peu délicat de la "Bohémienne", de nombreux pêcheurs y ajoutent leur petite touche personnelle afin de réduire un peu le temps de l’installation du poisson appât sur la monture ou plus simplement pour éviter la délicate opération de ligature (croquis n°1).
Pour ma part, j’ai choisi la solution d’enfiler à l’aide d’une aiguille à locher les deux hameçons simples dans le flanc du poissonnet et faire ressortir la boucle de tresse par la gueule du vairon. Cette particularité ne rend pas moins long le montage mais supprime la ligature qui n’est pas forcément très simple à réaliser (croquis n°2).
Ludovic Briet, quant à lui, emploi encore une autre solution. Il enfile le morceau de tresse supportant l’armement par l’anus du vairon et fait ressortir la boucle par la bouche du poissonnet. C’est à ce moment là qu’il faut relier la monture au nylon qui provient du moulinet. Avant de faire votre nœud, n’oubliez pas d’enfiler le casque qui viendra ensuite coiffer la tête du poisson appât car sinon il faudra le défaire par la suite pour terminer votre montage. Il est important de nouer tout de suite la boucle de tresse au nylon car cela évitera à la monture de rentrer à l’intérieur du poissonnet lors de la seconde phase du montage. Car ensuite, Ludovic tire légèrement sur l’hameçon qui termine la monture pour faire ressortir légèrement le montage de tresse afin de positionner l’hameçon de queue. C’est là qu’il était important d’avoir préalablement nouer la monture au nylon car cette opération à toutes les chances de faire entrer la boucle dans la bouche du vairon. La dernière phase destinée à terminer le montage consiste à positionner l’hameçon simple qui se trouve en fin de monture. Pour ce faire, il faut faire passer cet hameçon par l’orifice anal du vairon et le faire ressortir un peu avant sa nageoire caudale comme le ferait un pêcheur au toc pour enfiler un ver sur un hameçon. Cette opération a pour but de dissimuler intégralement à l’intérieur du vairon la seconde moitié de la monture pour la rendre totalement invisible (croquis n°3). Cette méthode, bien plus simple à réaliser qu’à expliquer, est me semble-t-il une des méthodes la plus fiable, l’une des moins complexe à réaliser et probablement une des plus rapide à exécuter. Si je pouvais toutefois me permettre une petite remarque - car on doit toujours être un peu critique - je lui reprocherais simplement des « accrochages » un peu plus fréquents qu’avec les 2 hameçons simples positionnés sur le flanc du vairon comme sur le montage original.

Un domaine d’utilisation spécifique.

La "Bohémienne", comme la plupart des pêches au vairon mort manié d’ailleurs, donne d’excellent résultat en début de saison. Cependant, la monture Bohémienne ajoute en plus de l’attrait que peut susciter un vairon habillement manié face à des truites au sortir de la fraie, une réelle supériorité grâce à sa capacité d’évoluer dans des eaux au débit soutenu que l’on rencontre habituellement à cette période de l’année. En effet, entre mars et mai, les cours d’eau possèdent fréquemment des eaux froides et puissantes où il est avéré que les montures lourdes à plombée en tête conviennent à merveille pour déloger nos chères farios, alors plaquées sur le fond et que seule une belle bouchée appétissante peut faire réagir. Ainsi, la "Bohémienne" permet de prospecter avec minutie chaque cassure, bloc rocheux, ou vasque profonde qui sont à chaque fois capables d’abriter une truite.
Néanmoins, n’allez pas croire non plus que la monture Bohémienne ne soit capable que de pêcher correctement en début de saison. Bien au contraire ! Alors que la plupart des pêcheurs allègent leur monture dès l’arrivée des beaux jours, la "Bohémienne" reste d’actualité lorsqu’il faut prospecter un gours ou une fosse en dandinant lentement son vairon à l’aplomb de sa canne. Ainsi, les zones privilégiées que l’on peut rencontrer à l’aval direct d’une chute d’eau sont des postes où la "Bohémienne" fait indéniablement la différence par rapport à des montures plus légères et plus souples qui ne peuvent prospecter ces postes efficacement.

Une technique de pêche particulière.

La conception de la monture permet de l’utiliser de deux manières différentes : Soit en la dandinant verticalement à l’aplomb du scion de la canne, soit en la lançant vers des postes situés plus au large. Dans le premier cas, la technique de pêche consiste simplement à dandiner de haut en bas et de bas en haut la Bohémienne directement sous le scion de la canne sur chaque poste susceptible d’abriter une truite. Ainsi, les abords des blocs rocheux, les zones situées directement en aval des chutes d’eau, l’amorti derrière une pierre ou toutes failles dans un enrochement peuvent être méticuleusement prospectés en insistant bien sur place pour décider une truite à attaquer. Pour pratiquer ainsi, il est évident qu’une canne longue - entre 4 mètres 50 et 5 mètres - est un atout certain car elle va non seulement permettre d’agrandir son champ de prospection mais aussi offrir la possibilité d’animer vraiment à la verticale du poste choisi tout en restant très en retrait. Cette méthode, très utilisée sur les petits cours d’eau torrentueux des Alpes, permet de pêcher chaque poste et d’insister vraiment jusqu’au déclenchement d’une attaque. Celle-ci, généralement très franche et brutale demande un ferrage instantané pour éviter un engamage trop profond.
Dans le second cas, lorsque la rivière ou les postes ne conviennent pas pour la pêche à la verticale, on choisit la méthode classique du lancer / ramener. C’est surtout le cas sur les rivières plus larges ou la technique consiste à laisser descendre la monture sur le fond et à la laisser rouler littéralement dans le lit de la rivière tout en la ramenant. La pêche peut se pratiquer indifféremment trois quarts aval ou trois quarts amont en fonction de la configuration des postes. Le poids des casques, généralement compris entre 5 et 15 grammes, est évidemment à adapter en fonction de la force du courant et de la profondeur à atteindre. Lors de la récupération, la bannière doit être toujours en tension et il est toujours préférable de donner un peu d’animation à la monture afin de la rendre plus attractive. Pour ce faire, quelques brefs et courts mouvements imprimés par la pointe de la canne, sur le plan vertical ou horizontal, permettent de donner un peu de vie à la "Bohémienne" qui n’en sera que plus attirante.

Après quelques essais, que je vous souhaite fructueux, je suis persuadé que vous serez conquis par la "Bohémienne" et que vous compléterez définitivement les poches de votre gilet de pêche par quelques montures et quelques casques de différents grammages. Car, au risque de me répéter encore une fois, la "Bohémienne" est assurément une monture incontournable et particulièrement prenante si vous voulez prospecter convenablement les zones tumultueuses et profondes ... souvent mals ou peu exploitées.

 
 
 

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