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Une vue surprenante
Publié en ligne le lundi 3 août 2009
 

La pêche de la truite s’entoure souvent d’une méconnaissance totale de la biologie du poisson recherché.
Trop d’idées reçues, de mauvaises expériences ou tout simplement de faits qui ne reflètent pas toujours la réalité.
Cela étant, il s’établit des règles aussi étonnantes que saugrenues qui font parfois passer notre belle mouchetée de rivière pour ce qu’elle ne sera certainement jamais, puisqu’elle vie en parfaite harmonie dans son habitat d’origine.

Texte et photos Christophe BOUET

 

L’adaptation de la truite à son milieu naturel passe par une vision tout à fait exceptionnelle des choses, en parfaite corrélation avec son biotope originel. Malheureusement, ce sujet a été peu souvent abordé dans les livres ou les revues halieutiques, et seul quelques spécialistes, connaissant fort bien la biologie de dame fario comme Marc DELACOSTE ou encore Guy-Marie RENIE, en ont déjà fait plus ou moins état dans des articles de presse spécialisée.

La truite se laisserait duper bêtement à cause de la rapidité du courant ?

Chaque pêcheur a bien sûr entendu dire au moins une fois que les poissons d’eaux vives étaient beaucoup plus faciles à prendre à la ligne que leurs homologues d’eaux calmes, n’ayant manifestement pas le temps d’examiner scrupuleusement l’appât présenté. On en conclut donc que la truite se presserait de s’emparer d’une proie en faisant l’abstraction totale de tout danger éventuel. Et, à l’inverse, en eau calme, notre belle mouchetée aurait à loisir le temps d’observer méticuleusement la proie convoitée avec le plus grand soin. Ce comportement bien trop facile à argumenter est perçut par notre vision personnelle de notre environnement, que nous attribuons naturellement comme identique pour la truite. Ce qui est vrai pour nous le serait donc également pour elle aussi. Le phénomène est bien compréhensible et peu sembler logique puisqu’il est définit par nos propres facultés visuelles. Il est vrai que la dérive rapide dans le courant d’un minuscule objet, peut nous paraître difficilement identifiable. N’avons nous pas bien souvent du mal à voir notre mouche artificielle sur la rivière ? Les difficultés de discernement d’organismes qui dérivent au fil de l’eau nous amènent à penser que la truite éprouve la même gêne que nous à percevoir et à différencier un appât piégé d’une proie libre. Mais c’est oublier que les poissons vivent dans un milieu auquel ils sont morphologiquement adaptés puisqu’ils y existent depuis plusieurs milliers d’années et que la nature a pour habitude de bien faire les choses. Ce serait alors bien prétentieux de dire que Salmo trutta morpha fario peut difficilement appréhender ce qui se passe dans un environnement, certes en mouvement perpétuel, dans lequel elle est en symbiose parfaite. Outre le fait que sa physionomie la prédispose à lutter contre des courants relativement puissants, elle possède une perception remarquable des objets en déplacement. L’excuse faite que dame fario serait capable ou non de discerner l’hameçon parce que le courant est rapide est aller un peu vite en besogne. Si elle se fait prendre, c’est que le pêcheur a présenté correctement le leurre, naturel ou artificiel, et que notre chère mouchetée ni a vu que du feu. Et inversement, si elle a déjoué le piège, s’est que la présentation lui était suspecte, et cela, sans tenir compte du fait que l’eau soit rapide ou non.

Notre perception du temps est bien différente de celle de nos chères farios

La truite vit donc dans un milieu qui a pour caractéristique d’être très mouvementé. Tout y va très vite, et les réactions doivent être nécessairement vives pour qu’elle puisse s’alimenter avec des chances optimales de réussite. Elle ne se nourrirait d’ailleurs probablement pas si souvent en zone rapide et turbulente si elle éprouvait une quelconque difficulté à observer, sélectionner et saisir leurs proies parfois très petites. Demander aux moucheurs, ils en savent quelque chose ! En fait, la base de temps de la truite est très différente de la nôtre. Pour l’homme, la durée d’un moment est de 1/18ème de seconde : le moment étant la plus petite fraction de notre base de temps. Jacob VON UEXKULL, éthologue allemand, écrit en 1965 que " dix-huit vibrations de l’air ne sont pas distinguées mais perçues comme un seul son. On a pu montrer qu’un homme perçoit comme une pression égale dix-huit chocs sur la peau. " Cela veut dire que notre base de temps est au maximum de 18 perceptions élémentaires en une seconde et qu’au-dessus de cette base, nous ne pouvons rien percevoir d’autre qu’une seul et même chose, ou même qu’un seul et même choc. En y réfléchissant, on constate que les films cinématographiques fonctionnent sur les mêmes éléments de base. Une succession d’images défilant à un rythme supérieur à dix-huit images par seconde (vingt-quatre pour le septième art) seront interprétées comme une seule et même image animée. Si toutefois les images nous arrivaient à une vitesse inférieure à cette fraction du temps, nous verrions plusieurs images fixes se suivant les unes derrière les autres. Cette réflexion est identique pour une multitude de chocs concentrés en un même point. S’ils sont supérieurs à dix-huit par seconde, ils seront enregistrés comme une pression constante et continue.

Miss fario perçoit deux fois plus de chose que nous dans un même laps de temps

Des expériences réalisées très sérieusement mettent en évidence que les poissons d’eau vive, dont fait partie la truite, ont une base de temps qui ne correspond pas à la nôtre. La durée de ce moment infractionnable du temps est de 1/50ème de seconde pour les salmonidés, contre 1/18ème de seconde pour nous. Un peu plus du double ! On peut donc en tirer rapidement des conclusions évidentes : il nous faut deux fois plus de temps qu’elle pour ressentir, voir ou entendre une quelconque entité élémentaire. En résumé, on peut affirmer que la truite voit le monde qui l’entoure deux fois moins vite que nous pouvons l’appréhender nous-même en fonction de notre propre base visuelle. Par ailleurs, elle a aussi le double de sensation tactile et sonore que nous, pauvres pêcheurs, dans un même laps de temps. C’est exactement le même principe que les réalisateurs de film exploitent pour créer un ralenti. J’en ai eu la démonstration à la télévision dans un très bon reportage sur la fabrication d’un film publicitaire. Celui-ci présentait des fruits qui étaient violemment propulsés hors de leur coupe. Le résultat projeté était de voir ces mêmes fruits s’envoler de toute part extrêmement lentement. Pour ce faire, il était utilisé une camera ayant la particularité de pouvoir filmer un grand nombre d’images par seconde et de repasser le film en question à la vitesse normale de vingt-quatre images par seconde. On a donc ici une impression de ralenti tout en jouissant d’une base de temps supérieure à notre moment élémentaire de 1/18ème de seconde. On voit alors distinctement des objets se mouvant initialement très rapidement que nous pouvons discerner parfaitement au ralenti, tout en ayant un mouvement continu. On comprend donc mieux l’absurdité de l’idée reçut qui donne une soit disant difficulté à la truite d’observer en détail un appât qui dérive au gré d’un courant rapide. Comment cela serait-il possible puisque notre belle mouchetée voit les proies qui y dérivent deux fois plus lentement que pour nous. Elle vit donc dans un milieu où tout se passe et défile au ralenti par rapport à la vision que l’on en a. Voilà un bel exemple d’adaptabilité au biotope dont fait preuve cet animal dont je ne vous cache pas mon affection particulière.

Dans les courants, elle est souvent plus prédisposée à être leurrée qu’en d’autres postes de la rivière

Si la truite paraît moins méfiante dans les zones rapides de la rivière, ce n’est donc pas, comme nous venons de le traiter, un élément que nous pouvons avancer pour justifier une prise en eau courante. Néanmoins, si nous leurrons peut être plus souvent la truite dans une veine d’eau, c’est que celle-ci est certainement plus disposée a y être capturée. En effet, la nourriture est véhiculée par le courant et se concentre dans les accélérations d’eau de la rivière, qui sont des postes de nutrition (appelés aussi postes de chasse) de nos chères farios. La truite sera donc naturellement, pendant sa phase alimentaire à la recherche des organismes qui dérivent au fil de l’eau. Ceci étant, elle va être alors potentiellement plus apte à se saisir d’une proie que quand elle se trouve en phase de repos, plus occupée à l’assimilation et à la digestion de sa précédente activité alimentaire.

En extraire des éléments positifs pour nos parties de pêche à venir

L’intérêt évident qui ressort de ces affirmations est que cet atout peut nous être très utile lors de la pêche. Comme la truite perçoit le monde extérieur à une vitesse très faible, nous pouvons renverser cet avantage en inconvénient majeur pour elle. Il suffit d’agir sur la discrétion des mouvements que nous allons faire au bord de l’eau. Discrétion s’entend par économie des gestes et lenteur dans l’approche de la rivière. En fait, en bougeant très lentement, accentué par une base de temps très réduite, la truite va avoir énormément de mal à nous identifier dans un environnement qui évolue deux fois moins vite que pour nous. C’est un peu comme quand nous regardons les nuages dans un ciel sans vent : nous avons l’impression d’une immobilité totale, ce qui est loin d’être le cas. C’est aussi la technique que met à profit bon nombre de prédateur pour se nourrir et capturer ainsi les animaux qu’ils vont mettre à leur menu. A nous maintenant de tirer les enseignements de ces facteurs pour réussir nos futures parties de pêche.

 
 
 

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