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Des mouches tous azimut
Publié en ligne le jeudi 27 mars 2003
 

Depuis que l’homme pêche à la mouche, il conçoit et fabrique des artificielles. Au point qu’aujourd’hui, il en existe des ... milliards ! Aucune autre technique de pêche n’a jamais incité l’homme à tant d’énergie créatrice. Et pourtant ! Ce sont toujours les mêmes mouches qui marchent. Imitant tout et n’importe quoi, elles feront 80% de vos captures.

Texte Bernard MAILLET

Photos Christophe BOUET, Philippe VAURES et Bruno Calendini (couverture magazine)

Avec l’aimable autorisation de Fabrice MONNEL et Pêche Mouche

 

Mais qu’est-ce qui peut bien nous pousser à imaginer sans cesse de nouveaux modèles ? N’y en a t-il pas qui, depuis le temps, ont montré leur efficacité ? Bien sûr que si. D’ailleurs ne nous leurrons pas, toutes les mouches - ou presque - " marchent ", même si toutes n’obtiennent pas toujours le succès escompté. Mais curieusement, de nos jours, seules quelques artificielles sortent vraiment du lot. Et ce ne sont pas forcément les plus jolies, loin de là. Car les plus belles aux yeux des pêcheurs ne sont pas forcément les plus appétissantes aux yeux des truites ! Ces mouches, dépouillées et vilaines, sont sorties Il y a bien longtemps de l’imagination de certains pécheurs et monteurs de renom. Pour la plupart, elles ne ressemblent à rien. Mais curieusement, et sans doute parce que jadis elles ont fait leurs preuves, elles ressurgissent aujourd’hui, améliorées ou à l’identique. La pêche à la mouche est une technique qui consiste à présenter de manière naturelle un amalgame de plumes, de poils ou d’autres matériaux synthétiques censés suggérer l’insecte dont le poisson se nourrit. Nombreux sont les pêcheurs qui rêvent de s’y s’initier un jour. Mais certains hésitent à franchir le pas. Et ce qu’ils redoutent le plus, ce n’est pas tant de ne pas parvenir à lancer correctement cette satanée mouche que de ne pas savoir laquelle utiliser en fonction du lieu, de la saison et du moment. Car le fait de faire flotter allégrement la caricature d’une bonne vieille mouche domestique ne suffit pas toujours à séduire le poisson. D’où l’intérêt, pour un débutant, de connaître les mouches dites " génériques ", qui intéressent une large gamme de spécimens.

La grise à corps jaune

On ne présente plus la A4 de chez Devaux ; plus qu’une mouche, c’est un véritable mythe. Nombreux sont les pêcheurs qui utilisent ce modèle et ses dérivés. Aimé Devaux, grand pêcheur et merveilleux observateur, avait un don exceptionnel pour concevoir des artificielles qui, par leur volume, leur équilibre et leur tonalité, étaient très proches de leurs modèles vivants. Sur l’eau, au beau milieu des insectes dérivants, elles étaient bien difficile à repérer. En son temps, Aimé Devaux a bousculé les montages traditionnels et inventé le montage avancé. Celui-ci confère à la mouche sa physionomie très particulière, et la fait flotter à merveille dans les cours d’eau même tumultueux. La A4 fait partie d’une série complète qui se décline dans différentes tonalités de hackles et de soies de montage. Ces artificielles sont censées imiter bon nombre d’éphéméroptères du genre Baetidé, que l’on trouve régulièrement tout au long de la saison. La célèbre A4 est une mouche redoutable. Bien employée, elle fait fureur dans toutes les eaux à truites et appartient au cercle restreint des artificielles dites indispensables. C’est tellement vrai que beaucoup de pêcheurs l’utilisent fréquemment, et certains mêmes, exclusivement. Pour l’anecdote, Jean-Claude, mon compagnon de pèche depuis de longues années, pratique régulièrement les rivières européennes et celles d’outre-Atlantique. Excellent technicien en sèche, cet athlète intrépide lance et relance sans cesse, posant son imitation avec précision. En l’absence de gobages, il pêche l’eau parfois sur de longues distances. Tout comme nombre de ses confrères, les poches de son gilet sont bourrées de boîtes contenant chacune une multitude d’artificielles en tous genres. Pourtant, la plupart du temps, Jean-Claude n’en utilise que deux : la grise à corps jaune pendant la journée ; le sedge au coup du soir. Si l’on s’inquiète de savoir à quoi sert alors cette réserve pléthorique de mouches, il répond invariablement : " C’est au cas où ! ". Aussi peu intéressé par l’entomologie que par les sciences religieuses, il se moque de savoir que le trichoptère est un insecte aquatique. Seule l’observation du vol nuptial des éphéméroptères le questionne parfois, lui donnant peut-être de coupables arrière-pensées ..... Jean-Claude, malgré son originalité, est néanmoins un pêcheur redoutable. Cette qualité, il la puise sans doute dans la connaissance de la rivière, le fameux sens de l’eau, mais aussi dans la confiance qu’il porte à son artificielle favorite.

Le petit voilier

J’ai utilisé cette mouche pour la première fois il y a plus de vingt ans, alors que j’étais avec son créateur, le monteur professionnel Christian Avakian. Ensemble, nous tentions de séduire les ombres récalcitrants dans les gravières de la basse rivière d’Ain. Très observateur et excellent pêcheur, Christian se demandait toujours pourquoi les poissons dédaignaient ses artificielles classiques. C’est vrai que les ombres de la "basse " étaient, à l’époque, très sélectifs. " Trop pêchés ", bon nombre d’entre eux portaient les stigmates de leur dernière mésaventure, ce qui, sans doute, les forçait à la prudence. Les résultats du petit voilier furent stupéfiants, et l’on pouvait considérer sans forfanterie que, sauf erreur de présentation, un poisson en activité avait de fortes chances d’être capturé. Depuis, cette mouche basse flottaison, que beaucoup de monteurs ont intégrée dans leur collection, fait merveille dans les eaux basses en saison estivale et en arrière-saison. C’est l’artificielle type qu’il faut choisir pour tromper des poissons rendus hypersélectifs. Cette mouche en croupion de canard est censée, elle aussi, imiter bon nombre d’éphéméroptères de petite ou de moyenne taille (son abdomen peut être décliné dans plusieurs tonalités).

La peute

La paternité de cette mouche revient à Henri Bresson, célèbre pêcheur et monteur professionnel. Depuis qu’elle a vu le jour, cette artificielle a pris d’innombrables poissons dans toutes les eaux à truites du globe. Pourquoi un tel succès ? " La vérité des poissons ", répond Henri Bresson. Cela veut tout dire ...

Vilaine comme son nom l’indique et mouche basse flottaison par définition, la peute de petite ou de moyenne taille imite bien les éphéméroptères. De tonalité claire, elle représente les éphémères pâles ; de tonalité foncée, les éphémères sombres. De grosse taille, la peute foncée imite les grands heptagénudés, mais aussi les trichoptères. Bref, c’est une mouche d’ensemble, la bonne à tout faire ... Pour pêcher l’eau, notamment au coup du soir, la peute est très meurtrière, surtout en dérive animée. Montée en sauteuse, elle se révèle aussi excellente en noyée.

Le palmer

Que faut-il dire de cette artificielle, si ce n’est qu’elle ressemble plus à un rince-bouteilles qu’à un insecte quelconque ? Et pourtant ... elle tangue, elle roule, elle danse sur les flots tumultueux des cours d’eau rapides. Bref, elle vit... Elle vit tellement que le poisson, lui, n’y est pas indifférent. N’oublions pas qu’une artificielle est avant tout un leurre, et comme tous les leurres, elle doit donner l’illusion. Le palmer tricolore donne l’illusion lorsque, ballotté par les flots, la lumière joue avec son mélange de teintes de hackles et lui donne véritablement ce simulacre de vie qui séduit le poisson. C’est vrai qu’il faut posséder une bonne dose d’optimisme pour imaginer qu’une telle mouche a la prétention d’imiter un insecte précis. En fait, le palmer n’imite rien de particulier, mais en même temps, il figure à peu près tout, en fonction de sa taille.

C’est la mouche type à utiliser pour la pêche en eaux rapides, en toutes saisons.

L’altière

C’est à Raymond Rocher, pêcheur et auteur halieutique de talent, que l’on doit cette mouche. Cet homme a eu, en son temps, le mérite de mettre en évidence l’importance des chironomidés dans l’alimentation des poissons de rivière. Cette artificielle montée par Devaux figure donc ce petit diptère de la taille d’un moustique.

Cette mouche, pour peu qu’on l’utilise dans la taille adéquate, peut imiter toutes sortes de diptères terrestres ou aquatiques. Elle imite aussi bien une fourmi qu’une mouche domestique par exemple. Elle fait partie des artificielles qu’il est bon de posséder, et elle se révèle indispensable lorsque le poisson s’intéresse à ce genre de petites bestioles noirâtres.

L’oreille de lièvre

La première fois que j’ai pu examiner cette mouche, j’ai bien cru que la personne qui me la présentait se moquait de moi. Une mouche, cette touffe de poils ? Et cela prend du poisson ? Eh bien oui ! Elle prend du poisson, et elle en prendra encore longtemps. L’oreille de lièvre, imaginée il y a des lustres par Mr. Skues, n’a pas son pareil pour leurrer un poisson, même difficile. C’est vrai qu’elle est vilaine, et on a du mal à imaginer de quel insecte elle s’est inspirée. Pourtant, elle n’a plus rien à prouver face à une multitude d’imitations bien plus jolies qu’elle. Le "flou artistique " provoqué par cette pincée de poils lui donne-t-il la vie nécessaire pour leurrer le poisson ? Nul ne le sait, et cependant, il faut bien reconnaître que cela fait un siècle que cette artificielle se montre d’une efficacité régulière. Sur les grands lisses à courant faible ou même lent, l’oreille de lièvre dépouillée parvient souvent à décider le poisson le plus récalcitrant. En cas d’éclosion complexe, lorsque l’on n’arrive pas à déterminer l’insecte qui a la faveur du poisson, il est recommandé de l’utiliser systématiquement. Cette mouche est un véritable sauve-bredouille, et il ne faut pas hésiter à la sortir de la boîte dès que l’on a un doute. Cette artificielle donne de bons résultats en noyée ou en nymphe dans la pellicule, à condition de prendre soin de l’humecter de salive avant. Agrémentée d’un toupet de croupion de canard fixé en tête (un artifice qui permet de mieux la suivre des yeux, ce qui ne gâte rien), cette mouche flotte bien dans les courants, mêmes rapides. L’oreille de lièvre imite non pas un insecte déterminé, mais toute une série d’insectes aussi bien aquatiques que terrestres : c’est la parfaite illustration de la mouche générique. Une variante l’oreille de lièvre associée à des poils de cervidé. Cet heureux mariage permet à l’artificielle de flotter comme un bouchon de liège, même dans les eaux les plus tumultueuses. Elle se montre vraiment efficace pour la pêche des postes le jour, et pour le coup du soir en dérive animée.

Les poils de renard

Imaginée par Olivier Balme, bon pêcheur et excellent monteur professionnel, cette artificielle ne quitte plus ma boîte depuis bien longtemps. C’est vrai, tout comme les précédentes, elle ressemble plus à un balai à poussières qu’à un insecte quelconque. Cependant, elle possède une petite particularité : sa taille (forcément du n° 8), celle d’un petit streamer ! Quitte à vous faire bondir, cette mouche là est mon joker, mon sauve-bredouille, ma préférence, bref, en un mot, "ma mouche à moi" Par eaux fortes comme par eaux basses, lorsque les poissons me donnent la migraine, lors d’une éclosion complexe par exemple, je leur propose mon balai et ça marche ! Pour l’anecdote, cela se passait il y a une dizaine d’années, au mois de juin, dans une rivière jurassienne. Le niveau était normal et, comme à mon habitude, je traquais la grosse truite dans les fatras de branchages de la rive gauche. Mes deux compères pêchaient un poste à ombres communs sur la rive opposée. A entendre leurs commentaires, je m’imaginais bien que rien n’était encore joué pour eux. Cela faisait plus de deux heures que je les entendais marmonner, lorsque Jean-Claude m’interpella pour m’inviter à partager " la fête ". Je me plaçais donc en face d’eux et observais les quatre gros ombres qui montaient régulièrement, laissant derrière eux de magnifiques remous. Sur la surface dérivaient de très nombreux insectes de tous poils, du plus petit au plus gros. Dire que c’était une éclosion multiple serait un euphémisme. "Ils sont venus, ils sont tous là. ", dirait le bon Charles. L’esprit encore forgé par ces maudites idées préconçues (gobage d’ombre=petite mouche), je passais la quasi-totalité du contenu de ma boîte sans succès. Les nerfs mis à rude épreuve, je décidais de m’asseoir, sous les railleries de mes compagnons. L’esprit songeur, j’observais ces gros ombres qui faisaient ripaille sous mon nez, lorsque me vint l’idée d’utiliser la plus grosse mouche que je possédais, puisqu’après tout, ils m’avaient refusé toutes les autres. Celle d’Olivier fut vite nouée à la pointe, puis rapidement envoyée en roulé aval. Premier passage, bruyant gobage, pendu ... je ramène un ombre d’environ 45 cm, le décroche et le relâche soigneusement. En face, les railleries font place à la stupéfaction. Deuxième lancer en revers horizontal, poser, dérive, gobage, ferrage, voici pour le second. Les deux gros ombres situés plus en amont subissent le même sort ; sans commentaires...

Ce genre d’expérience, je la vis chaque saison, et cette artificielle, ce joker, me sort souvent du mauvais pas. Dire que c’est une mouche miraculeuse, je n’irais pas jusque-là. Cependant, je sais comment et quand il faut l’employer, et surtout, j’y crois. N’est-ce pas l’essentiel ? Que représente-t-elle pour le poisson ? Un gros trichoptère, un plécoptère, une émergente de mouche de mai ou encore un insecte terrestre ? Là aussi, il n’y a que nos adversaires qui détiennent la réponse. En tout cas, la tentation doit être forte, pour monter se saisir d’une mouche de cette taille ! Comme quoi, il faut se méfier des idées toutes faites, les nôtres ... Ce qui nous semble appétissant ne l’est pas forcément pour les poissons et, parfois, ils savent nous le rappeler.

 
 
 

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